Thaïlande : un coup d’Etat, et alors ?

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Thaïlande : un coup d’Etat, et alors ?
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LA ROUTINE - La Thaïlande en est à son 19ème coup d’Etat depuis 1932. Une "habitude" ?

A Bangkok, rien ou presque ne laisse deviner que l’armée vient de s’emparer du pouvoir. Depuis l’annonce du coup d’Etat militaire jeudi, un calme relatif règne sur la ville, où un couvre-feu a été instauré. Le coup de force des militaires ne semble pas déclencher de protestations chez les habitants de la capitale. Comment est-ce possible ? Eléments de réponse avec David Camroux, professeur à Sciences-Po et chercheur au Ceri, spécialiste de la Thaïlande. 

19 coups d’Etat depuis 1932. Pour les Thaïlandais, un coup d’Etat, c’est un peu la routine : "cela fait 19 coups d’Etat depuis celui de 1932, qui a mis fin à la monarchie absolue", explique le chercheur à Europe1.fr, rappelant que le dernier s’est produit en 2006. Forcément, au bout d’un moment, "il y a un peu l’habitude des coups d’Etat !". La démocratie thaïlandaise est jeune : mise en place en 1932, elle n’a que 80 ans. Une période que David Camroux compare à l'après-Révolution française : il avait fallu du temps pour "arriver à la mise en place d’une république stable", tempère le chercheur.

coup d'Etat en Thaïlande

© REUTERS

Reste qu’en 80 ans, "on n’a jamais trouvé un modèle de gouvernance à la fois moderne et démocratique, et en même temps qui ait une certaine résonance avec les traditions". D’où ces coups d’Etat répétés, ratés ou réussis. 

thaksin shinawatra, 400-REUTERS

"C’est ce qu’ils cherchaient". Si les Thaïlandais ne protestent pas plus, c’est aussi parce qu’une partie d’entre eux approuvent tout simplement ce coup d’Etat. Les "Chemises jaunes", plutôt issus des classes urbaines moyennes et aisées, pro-royauté, l’appelaient de leurs vœux : "en fait, c’est cela qu’ils cherchaient depuis six mois : créer une situation d’instabilité telle que l’armée soit contrainte à intervenir, avec un coup d’Etat". Leur ennemi, c’est Thaksin Shinawatra, ex-Premier ministre en exil, dont la sœur, Yingluck, a été évincée du pouvoir début mai. Pour David Camroux, le scénario du coup d’Etat sent en tout cas le déjà-vu. "Je crois que, comme en 2006, l’armée souhaite rapidement trouver au moins un habillage légal et se retirer relativement rapidement, dans les jours et les semaines qui viennent, pour s’effacer devant un gouvernement par intérim avec un Premier ministre nommé, peut-être un ancien militaire", analyse-t-il. 

Un roi muet... Sauf que la situation n’est pas aussi simple, car "tout cela se fait dans le contexte d’une fin de règne". En Thaïlande, le roi, dont le portrait s’affiche presque à chaque coin de rue, n’a rien d’un monarque à la sauce britannique : il joue un vrai rôle politique. Or, le roi Bhumipol Adulyadej, 86 ans, figure archi-respectée, est souffrant. Affaibli, il n’est pas intervenu dans la crise qui fait rage depuis plusieurs mois. Pour la première fois, le coup d’Etat de jeudi semble s’être fait "sans l’accord tacite ou au moins la bienveillance du palais". 

portrait du roi en thailande

© REUTERS

… et un héritier "fou". L’armée a aussi repris la rhétorique que le roi avait l’habitude de manier, se posant en garante de l’unité nationale et de la paix du pays. Car dans l’ancien royaume de Siam, on redoute l’après-Bhumipol, qui s’annonce problématique. L’héritier au trône, âgé de 61, est très impopulaire. "On considère qu’il est fou", résume David Camroux, précisant que l’homme est aussi réputé proche du clan Shinawatra. Au pays du sourire, les grandes manœuvres ne font que commencer.

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