Thaïlande : l'armée menace de bloquer les réseaux sociaux

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Thaïlande : l'armée menace de bloquer les réseaux sociaux
Des soldats thaïlandais après l'annonce du coup d'Etat.@ REUTERS
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CRISE - L'annonce du coup d'Etat a été faite en direct à la télévision par l'armée, trois jours après la mise en place de la loi martiale dans le pays.

L'INFO. Le chef de l'armée de terre thaïlandaise, le général Prayut Chan-O-Cha, a annoncé un coup d'Etat jeudi dans une déclaration à la télévision, après sept mois de crise politique." Pour que le pays revienne à la normale", les forces armées "doivent prendre le pouvoir à partir du 22 mai à 16h30", a-t-il précisé. Le général a appelé "tous les Thaïlandais" au calme et "les fonctionnaires doivent continuer à travailler comme d'habitude", a-t-il déclaré. 

Plus de radios, ni de télés. Un couvre-feu sera imposé à partir de jeudi soir. "Nul n'est autorisé à quitter son domicile entre 22h et 5h", a déclaré un porte-parole de l'armée. Toutes les télévisions et radios sont sommées d'interrompre leurs programmes. A la télévision n'apparaissent plus que des photos de militaires sur fond blanc. L'armée a demandé à tous les manifestants de rentrer chez eux, précisant que des bus avaient affrétés pour les transporter. Les rassemblements de plus de cinq personnes sont désormais interdits, pour des "raisons politiques". Et dans la soirée, le nouveau régime a menacé de bloquer les réseaux sociaux en cas de contenu "incitant à la violence" ou critiquant les nouveaux dirigeants.

coup d'Etat en Thaïlande

© REUTERS

La Constitution suspendue. Le Premier ministre renversé, Niwattumrong Boonsongpaisan, ainsi que son gouvernement, ont ordre de "se présenter" d'ici la fin de la journée au nouveau régime, baptisé "Conseil national pour le maintien de la paix et de l'ordre". La Constitution du pays a été suspendue, mais le Sénat est conservé, afin, selon les militaires, de "diriger le pays en douceur". Dans la soirée, le nouveau régime a aussi convoqué des proches de l'ancien Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra de se présenter à l'armée dans la matinée. 

Prayut Chan-O-Cha, thailande

© Reuters

Trois jours de loi martiale. Lundi, l'armée a unilatéralement mis en place la loi martiale dans le pays. Au début de la semaine, le calme régnait à Bangkok, malgré la censure de plusieurs organes d'information, comme les deux télévisions partisanes des Chemises rouges d'un côté, et des Chemises jaunes de l'autre.

Dans un premier temps, Prayut Chan-O-Cha avait pourtant nié vouloir un coup d'Etat en instaurant la loi martiale, ce que lui permettait la Constitution. Il avait organisé deux réunions de négociations entre les membres des différents partis ainsi que les manifestants. 

thailande, armée, coupe d'état

© Reuters

Selon des témoins à Bangkok, des leaders des deux camps de manifestants, les Chemises rouges (pro-gouvernement) et les Chemises jaunes (de l'opposition) ont été emmenés par l'armée hors de la salle de négociations. Dans les rues de la capitale, des campements sont installés depuis plusieurs mois. 

Le pouvoir avait vacillé. Mardi, des soldats ont empêché le gouvernement par intérim d'entrer dans ses bureaux, indiquant qu'ils pourraient travailler dans "un endroit plus sûr". Ce coup d'Etat intervient après la destitution de la Première ministre, condamnée pour corruption début mai. Cette vacance du pouvoir faisait craindre une déstabilisation profonde du pays, qui a fini par arriver deux semaines plus tard. Depuis près de 80 ans, la Thaïlande a connu 18 coups d'Etat ou tentatives de coup d'Etat.

Protestations internationales. Dans la communauté internationale, des voix se sont élevées pour protester contre ce coup d'Etat. John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, a ainsi condamné avec force de "coup d'Etat militaire" et prévenu de conséquences "négatives" entre Washington et Bangkok.

Par la voix de de Catherine Ashton, sa chef de la diplomatie, l'Union européenne a appelé à un "retour rapide à un processus démocratique légitime" en Thaïlande et à la tenue "le plus vite possible, d'élections inclusives et crédibles". Quant à François Hollande, il a condamné la prise de pouvoir par l'armée et appelé à "un retour immédiat à l'ordre constitutionnel et à l'organisation d'un processus électoral" en Thaïlande.



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