Taxe "Tobin" : nos voisins européens sceptiques

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Taxe "Tobin" : nos voisins européens sceptiques
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Le reste de l’UE déplore une initiative prise sans concertation et craint un effet contre-productif.

La France a pris tout le monde de court en annonçant jeudi qu’elle comptait mettre en place une taxation sur les transactions financières "avant la fin du mois de janvier", dixit Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Le président de la République l'a depuis martelé : la France "n'attendra pas que tous les autres soient d'accord".

Depuis, les différentes capitales européennes ne cachent pas leur scepticisme et demandent une concertation préalable pour que cette taxe "Tobin", à laquelle ils sont globalement favorables, ne rate pas son baptême du feu.

Pris de court, Berlin et Rome pestent

A peine la déclaration d’Henri Guaino relayée dans les médias, l’Allemagne a tenu à réagir, regrettant une initiative précipitée. "La position allemande est inchangée : (....) le but est d'aboutir à l'instauration d'une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne", a rappelé le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert.

Même son de cloche en Italie, où le chef du gouvernement Mario Monti a estimé "qu’il est nécessaire que les différents pays n'aillent pas en solitaire dans l'application de cette taxe".

Une taxe pourtant soutenue par la majorité de l’UE

Non pas que l’Allemagne ou Rome soient opposées à une telle taxe, bien au contraire. Les partenaires européennes estiment juste qu’une telle initiative ne peut être prise sans concertation préalable et ne sera couronnée de succès que si elle est adoptée au niveau de l’UE.

Bien que plus diplomate, la Commission européenne est sur la même longueur d’ondes. Fin septembre, elle avait même présenté une proposition de taxe qui s'appliquerait à l'UE à partir de 2014 et pourrait rapporter jusqu'à 55 milliards d'euros par an.

La Commission européenne a donc plaidé pour "une approche cohérente et des résultats efficaces", tout en précisant qu'elle "aimerait accélérer le travail sur ce dossier". "Tout Etat membre est invité à apporter une contribution pour aider le progrès des discussions", a déclaré Nastasja Bohez-Rubiano, une porte-parole du commissaire européen chargé des questions de fiscalité, Algirdas Semeta.

Prudence aussi chez les experts

Economistes et spécialistes de la finance sont tout aussi sceptiques.  "Cela n'a pas de sens étant donné que les transactions sont largement mondialisées", décrypte Alain Trannoy, de l'Ecole des hautes études de sciences sociales (EHESS). Et ce dernier de dresser un parallèle avec la tentative malheureuse de la Suède, qui avait mis en place en solitaire une telle taxation dans les années 1990 avant d'abandonner devant l'ampleur des délocalisations engendrées.