Syrie : les opposants racontent l'horreur
Un rapport de l'ONU dresse le catalogue des tortures infligées aux opposants Syriens. Enfants compris. © Reuters

Un rapport de l'ONU dresse l'atroce catalogue des tortures infligées aux opposants syriens.

223 témoignages recueillis. Victimes, témoins et soldats déserteurs aujourd'hui en exil, ont raconté à une commission d'enquête indépendante l'indicible, l'horreur qui se déroule depuis huit mois, à huis clos, en Syrie. Le rapport remis lundi au Conseil des droits de l'homme des nations unies fait état de crimes contre l'humanité. Quarante pages détaillant tortures physiques, morales, meurtres, viols sur les hommes, les femmes mais aussi les enfants. Personne n'est épargné. Et surtout, rien ne leur est épargné.

Cruauté envers les enfants. Certains ont été torturés jusqu’à la mort. Le rapport évoque les cas de Thamir Al Sharee, 14 ans et Hamza Al Katheeb, 13 ans, originaires de Sayda dans la région de Dar’a. Arrêtés et emmenés dans les locaux des services de renseignements de l’armée de l’air à Damas en avril, ils ne sont jamais rentrés chez eux. "Le rapport d’autopsie de Thamir Al Sharee montre des signes évidents de torture", peut-on lire dans le texte.

Un témoin, lui-même torturé, raconte avoir vu l’enfant le 14 mai. "Le garçon était allongé sur le sol, le corps complètement bleu. Il saignait abondamment des oreilles, des yeux et du nez. Il appelait son père et sa mère à l’aide. Il s’est évanoui après avoir été frappé à la tête avec la crosse d’un fusil".

"Les personnes étaient entravées aux mains et aux pieds par des menottes en plastique. Elles étaient battues sans la moindre pitié, y compris un enfant de 10 ans. Certains d’entre eux étaient tellement effrayés qu’ils s’urinaient dessus pendant qu’ils étaient battus. C’était cruel", raconte un déserteur dans le rapport.

Les viols d'enfants. Les rescapés ont assisté au viol de jeunes garçons. Un homme a rapporté avoir vu un adolescent de 15 ans se faire violer devant son père. Un homme de 40 ans a assisté au viol d’un enfant de 11 ans par trois officiers. 

"Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Ils se sont ensuite tournés vers moi et m’ont dit : tu es le prochain", raconte-t-il. Son récit s'arrête là. Il n’a pas pu poursuivre son témoignage.

Abattus lors des manifestations. Là encore, il s'agit d'enfants. Des témoins ont affirmé avoir vu plusieurs enfants être frappés ou visés par des armes à feu dans plusieurs villes du pays. Selon le rapport de la commission, 256 enfants ont trouvé la mort depuis le début des violences en Syrie.

Encore sous le choc de ces scènes d'une violence extrême, un témoin évoque une petite fille de deux ans abattue le 13 août par un officier à Ladhiqiyah. La raison ? Une fois adulte, la fillette risquait de devenir une opposante à son tour.

Des enfants traumatisés. Certains ont vu l'horreur. Le rapport raconte le cas d'une petite fille de 2 ans qui a vu sa mère mourir sous ses yeux alors qu’elle essayait de franchir une barricade. Ces traumatismes vont indéniablement entraîner des séquelles sur ces enfants.

Les tortures physiques. De nombreuses victimes, celles qui ont survécu, racontent avoir été été battues avec des bâtons et des câbles électriques. Soumis à des électrochocs, les opposants ou supposés opposants sont privés de nourriture, d’eau et de sommeil. Bandeau sur les yeux, parfois menottés, ils ont été contraints de signer des confessions de crimes. Beaucoup ont été torturés avec ou sans confession.

Les sévices sexuels sur les hommes. Les forces de sécurité et l'armée obligent les hommes à rester nus. Plusieurs anciens détenus expliquent avoir été frappés au niveau des parties génitales, obligés de faire des fellations. Leurs bourreaux les ont soumis à des séances d'électrochocs et des brûlures de cigarettes sur l’anus. Nombre d’entre eux ont été menacés d’être violés devant leur famille. Et, pour les terroriser davantage, ils les menaçaient de violer leurs femmes et leurs filles.

D'autres racontent avoir été violés avec des bâtons. Et, comme pour détruire un plus leur honneur, certaines de ces victimes ont été agressées devant leurs proches. Un des témoins confie "ne plus se sentir un homme".

L'humiliation des femmes.  La dignité des femmes a été bafouée dans leurs propres foyers, souvent en pleine nuit. Militaires et forces de sécurité leur ont découvert la tête en arrachant leurs foulards. Un acte d'une violence symbolique extrême pour des musulmanes pratiquantes car elles ne peuvent apparaître sans voile devant des hommes étrangers à la famille.

Des femmes violées. Des déserteurs de l’armée et des forces de sécurité ont également raconté avoir assisté à des viols de femmes. La commission a récolté peu de témoignages car un réel tabou entoure ce type d'agression. Les femmes violées refusent de parler de peur d'être ensuite ostracisées.