Syrie : à Raqqa, Daech laisse derrière lui une économie dévastée

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Le modèle économique imposé par l'État islamique à Raqqa a ruiné les habitants qui se retrouvent sans rien après la libération de la ville syrienne.

REPORTAGE

Cela fait maintenant plus de dix jours que Raqqa a été reprise par l’alliance kurdo-irakienne soutenue par la coalition. Lorsque l'État islamique s'est emparé de la ville syrienne, comme partout le groupe djihadiste a mis en place un modèle économique pour s'assurer une autosuffisance financière. Une véritable fortune amassée notamment grâce aux taxes et ce n'est pas tout. Les djihadistes avaient également mis en circulation leur propre monnaie dans la ville, au grand dam des habitants qui se retrouvent aujourd'hui avec de l'argent sans valeur.

"C'était du racket". En soupirant, Ibrahim, un fermier de Raqqa, jette une dizaine de pièces sur la table. Elles sont en cuir et en argent, frappées de symboles : des palmiers, une lance et un bouclier. Il s'agit du dinar-or, monnaie frappée par les djihadistes de Daech. Objectif : se donner les attributs d'un véritable État. En réalité, plutôt une escroquerie. "Nous devions exclusivement payer avec leur monnaie. Nous étions obligés d'acheter les pièces au bureau de change, contre de l'argent syrien. Il fallait payer l'eau et l'électricité avec leur devise. C'était leur façon de remplir les caisses et nous forcer à utiliser la nouvelle monnaie", explique Ibrahim. "Ils nous ont coincés ! Quelle blague ! C'était du racket", s'emporte-t-il.

Taxes exorbitantes. La valeur de ces pièces, ajoute le fermier, variait en fonction de l'humeur des djihadistes. En revanche, le taux était toujours défavorable aux habitants. Pareil pour le montant des taxes, "une folie" racontent Ibrahim et sa mère. Malgré son âge avancé, elle ne manque pas de vigueur lorsqu'il s'agit d'insulter les anciens occupants : "C'était des vandales ! Je vis seule et ils me faisaient en impôt le montant pour une famille entière. Moi je suis vieille, j'ai un peu d'expérience. Je n'ai jamais vu un tel non-sens de toute ma vie".

Ibrahim aussi était submergé par les taxes : "Moi je cultive de l'orge. Pour chaque kilo, je devais payer une taxe pour deux kilos. C'était encore plus cher que sous Bachar al-Assad". Amer, le fermier conclut : "Nous les avons craint à cause des exécutions et nous les avons détesté à cause de leur administration".