Squelettes de bébés : l'Irlande crée une commission d'enquête

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Squelettes de bébés : l'Irlande crée une commission d'enquête
@ Noel O'Donoghue Collection
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AFFAIRE D'ETAT - Après la découverte de 800 squelettes de bébés près d'un ancien couvent, dernier scandale d’une longue série, l'Irlande va créer une commission d'enquête.

La découverte a choqué tout le pays. Quelque 800 squelettes de bébés ont été retrouvés près d'un ancien couvent catholique du comté de Galway, dans l'ouest de l'Irlande, où étaient accueillies, au milieu du siècle dernier, des mères célibataires. D'après une historienne locale, ces 800 enfants, morts entre 1925 et 1961, sont morts de malnutrition ou de maladie. D'après une députée, il pourrait y avoir "des douzaines" de fosses communes similaires dans le pays. Mardi, le gouvernement irlandais a annoncé la création d'une commission d'enquête sur ces foyers catholiques pour les mères célibataires.

"Des fosses communes dans tout le pays". Les ossements de Tuam, le petit village qui abritait le couvent du Bon-Secours, ont été découverts dans une fosse septique. C'est là qu'étaient jetés les cadavres des enfants, sans cercueil ni pierre tombale. Jusqu'ici, les habitants du village pensaient que ces ossements appartenaient à des victimes de la Grande Famine de 1840, qui avait décimé la population. En réalité, il s'agit des restes de 796 enfants du couvent, selon une historienne locale.

Pour Mary Lou McDonald, vice-présidente du Sinn Féin, le parti d'opposition, il ne s'agit pas "d'un incident isolé". "Il y a des fosses communes dans tout le pays. Nous ne pouvons pas détourner le regard", a-t-elle insisté, selon Thejournal.ie. Au début du XXe siècle, des milliers de femmes célibataires enceintes, considérées alors comme des "femmes déchues", ont été envoyées dans des institutions pour y accoucher discrètement avant d'être, bien souvent, forcées d'abandonner les bébés.

Un "rappel choquant". Ce qui dérange, c'est que ces institutions religieuses "mère et enfant", qui accueillaient des mères célibataires étaient "financées par l'Etat". Le gouvernement a d'ailleurs réagi, par la voix de son ministre des Enfants et de la Jeunesse, Charlie Flanagan, qui a vu dans l'affaire de Tuam le "rappel choquant d'un passé sombre en Irlande, quand nos enfants ne recevaient pas l'affection qu'ils auraient dû recevoir". Les autorités envisagent d'ouvrir une enquête, a-t-il aussi indiqué.

Ciaran Cannon, secrétaire d'Etat à l'Education, est elle aussi montée au créneau. "Comment pouvons-nous montrer que l'Irlande est devenue une société adulte si nous ne sommes pas capables de qualifier des actes effroyables du passé pour ce qu'ils sont ?", s’est-elle interrogée. La ministre a dénoncé "une négligence volontaire et délibérée à l'égard des enfants qui étaient les plus vulnérables". L'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin, s'est de son côté dit favorable "à des fouilles sur ce qui pourrait être des tombes anonymes", en affirmant qu'il était nécessaire de revenir sur l'histoire des couvents pour mères célibataires dans le pays.

Quant à l'historienne à l'origine de la macabre découverte, Catherine Corless, elle explique avoir monté un comité pour "faire quelque chose" et récolter de l'argent afin d'offrir, enfin, une sépulture aux 796 enfants de Tuam.

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LES FAITS - Les ossements de 800 bébés découverts près d'un couvent en Irlande