Somalie : condamnée pour avoir parlé de son viol

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Somalie : condamnée pour avoir parlé de son viol
Au mois de janvier dernier, des journalistes somaliens avaient réclamé la sortie de prison d'un de leur confrère, Abdiaziz Abdinur Ibrahim. Il avait été arrêté après avoir réalisé un article sur une affaire de viol.@ Reuters
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Les deux journalistes qui ont révélé l'affaire ont également été condamnés à de la prison ferme.

L'INFO. Le viol est une question particulièrement taboue en Somalie. Et la diffusion d'informations sur ce sujet sensible l'est tout autant. Lundi, un tribunal somalien a condamné à six mois de prison avec sursis une femme victime de viol présumé et à de la prison ferme deux journalistes qui ont révélé cette histoire. Cette nouvelle affaire est la dernière d'une longue série où des victimes présumées, et des journalistes auxquels elles se sont confiées, ont été arrêtés et condamnés.

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© REUTERS

Que s'est-il passé ? Au mois de novembre dernier, une journaliste de 19 ans avait raconté à une radio indépendante, Radio Shabelle, avoir été agressée et violée sous la menace d'une arme par deux autres de ses collègues journalistes. "Un des hommes m'a menacée avec un pistolet et m'a entraînée de force vers la chambre. Les deux m'ont violée à plusieurs reprises, anéantissant ma fierté et ma dignité", avait-elle assuré dans une interview diffusée sur le site de Radio Shabelle.

La police de Mogadiscio avait arrêté la victime présumée, le reporter qui l'avait interviewée, Mohamed Bashir Hashi, ainsi que le directeur de la radio, Abdulmalik Yusuf. La victime et le journaliste étaient depuis restés détenus tandis que le directeur de la radio avait été libéré sous caution.

Quelles condamnations ? A l'issue de son procès, la victime de 19 ans a été condamnée lundi pour "dénonciation calomnieuse". Mohamed Bashir, qui l'avait interviewée, a été condamné à 6 mois ferme pour le même chef. Le directeur de la station indépendante Radio-Shabelle, qui avait diffusé l'interview, a écopé d'un an de prison ferme pour "insultes aux institutions de l'Etat".

"Le directeur de Radio Shabelle Abdimalik Yusuf a été jugé coupable d'offense aux institutions de l'Etat et devra par conséquent purger un an de prison. Le journaliste Mohamed Bashir a été déclaré coupable de dénonciation calomnieuse et de fausses accusations de viol et a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement", a déclaré le juge Hashi Elmi Nur. "Fadumo Abdukadir Hassan, qui a menti concernant les accusations de viol est condamnée à six mois (de prison) avec sursis", a-t-il ajouté, à propos de la victime présumée de viol. Les deux journalistes, que la victime présumée accuse de l'avoir violée, n'ont pas été inquiétés.

Les condamnés ont désormais la possibilité d'échapper à la prison en payant une amende équivalente à environ un dollar par jour d'emprisonnement, soit respectivement quelque 365 et 182 dollars, a décidé le tribunal.

ONU 930

© Reuters

L'ONU réclamait une véritable enquête. L'ONU s'était déjà emparée de l'affaire. Son représentant spécial pour la Somalie, Nicholas Kay, avait averti que les Nations unies suivaient de près ce nouveau dossier de viol présumé et souligné que "la présence d'un avocat, une véritable enquête et la liberté d'informer (sont) des questions importantes".

Le gouvernement avait réagi en déclarant que "le viol et la violence sexuelle contre les femmes sont totalement inacceptables dans la culture somalienne" mais n'avait pas voulu commenter ce cas précis.

Plusieurs cas similaires. Ce n'est pas la première fois que la Somalie est confrontée à ce genre d'affaires. En février, une femme disant avoir été violée par des soldats, ainsi qu'un journaliste à qui elle s'était confiée, avaient été condamnés à de la prison ferme pour "outrages aux institutions". Leurs condamnations avaient été annulées lors de procédures d'appel.

En août, une Somalienne, qui accusait des soldats de la force de l'Union africaine de l'avoir violée, a également été détenue par la police pour être interrogée. Human Rights Watch (HRW) avait récemment appelé les autorités somaliennes à rouvrir l'enquête sur cette affaire, déplorant que celles-ci n'aient rendu public aucun résultat ou avancée et dénonçant un "harcèlement" de la victime.