Slim Riahi, le "Berlusconi" tunisien

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Slim Riahi, le "Berlusconi" tunisien
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Homme d’affaires, président d'un club de foot et désormais chef de parti, Slim Riahi s'est imposé en politique puisque sa formation est arrivée troisième des législatives.

La France a eu Bernard Tapie, l'Italie Silvio Berlusconi. Depuis deux ans, la Tunisie a Slim Riahi. Moins connu que ses alter ego de l'autre rive de la Méditerranée, cet entrepreneur tunisien de 41 ans s'inscrit dans la lignée de ces businessmen touche-à-tout, investis dans le foot et engagés en politique. Et ça lui réussit, puisque son parti, l'Union Patriotique Libre (UPL), s'est imposé comme la troisième force du pays avec 5% des voix lors des législatives. Un score faible, mais qui fait de l'UPL un interlocuteur incontournable pour la formation d'une coalition majoritaire au parlement tunisien. 

Les médias tunisiens s'interrogent, voire s'indignent pour certains, de la réussite rapide de l'UPL. Créé juste avant les élections de l'Assemblée constituante en 2011, le parti n'avait remporté aucun siège à l'époque. Alors, comment expliquer le succès de Slim Rihai et de son parti ?

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Impossible de l'expliquer par l'engagement total de l'homme d'affaires dans la vie publique tunisienne. Et pour cause, Slim Rihai n'a jamais vécu en Tunisie avant 2011. Fils d'un juge engagé en politique et opposé à Habib Bourguiba puis à Ben Ali, les deux premiers présidents tunisiens, il a grandi entre la Libye et la Grande-Bretagne, dont il a la nationalité.

Un self-made-man qui s'enrichit sous Khadafi. C'est d'ailleurs à Tripoli, dans l'ombre de Khadafi, que le jeune homme a bâti son immense fortune. En investissant dans le pétrole et l'immobilier, dans une opacité qui nourrit les fantasmes. Des suspicions encore renforcées par la mission de l'ONU chargée d'enquêter sur les détournements de fonds opérés par la famille de Khadafi. Leurs investigations les ont menés tout droit à Slim Rihai, rapporte Jeune Afrique.  

Ces révélations n'empêchent pas son porte-parole  Mohsen Hassen d'affirmer que "Slim Riahi n’a jamais fait de transactions ni avec Kadhafi ni avec son fils Seïf El Islam, ni toute autre personne. Et l’argent qu’il a ramené pour booster la bourse est passé sous le contrôle des autorités avant d’être transféré au pays". 

Sa fortune faite, Slim Riahi rentre au pays à la faveur de la révolution de Jasmin de 2011. C'est alors qu'il crée son parti et diversifie ses activités. Une tactique qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Silvio Berlusconi. Il prend des parts dans un des plus grands groupes de presse du pays, devient le président du Club Africain de Tunis, où il attire le Français Bernard Casoni au poste d'entraîneur.

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L'UPL, entreprise ou parti politique ? En homme d'affaires avisé, Slim Riahi n'investit pas seulement dans le foot pour s'amuser, mais aussi pour profiter de la popularité de certains des joueurs que son nouveau statut lui permet d'approcher. C'est le cas avec l'ancien gardien de but de la sélection nationale Chokri el-Ouaer, inscrit sur les listes de l'UPL pour un poste de député. Rapidement, sa force de frappe financière lui permet de se tisser un réseau influent, malgré quelques ratés. Abdennaceur Louini, leader du mouvement de fronde des avocats qui s'était tenu en décembre dernier dans le pays, a ainsi refusé de s'inscrire sur les listes de l'UPL. "L'UPL est une entreprise, pas un parti politique. Ils essayent d'acheter les gens", confiait-il à Al-Jazeera (en anglais).

Une chose est sûre, Slim Riahi est à la tête d'une entreprise de communication bien rôdée. Peu accessible pour les médias, le milliardaire tunisien a en revanche littéralement envahi les encarts publicitaires et clips de promotion télé. Il a investi pas moins de 5 millions de dinars (plus de 2 millions d'euros) pour s'assurer une visibilité dans les médias à quelques semaines du scrutin.

De l'argent pour "faire rentrer le discours dans les esprits". A tel point que Kamel Jendoubi, président de l'Instance Supérieure Indépendante pour les Elections, a déclaré : "La Tunisie a un problème aujourd'hui. Nous n'avons pas de loi régulant le financement des partis politiques. Cela donne des situations très étranges". Une situation qui permet à Slim Riahi d'utiliser son argent "pour faire rentrer les discours du parti dans les esprits des gens", comme il l'explique à Al-Jazeera.

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Niveau discours, l'UPL n'en a pas dévoilé beaucoup sur son programme ni sur sa ligne politique. Son porte-parole présente l'UPL comme un parti "pragmatique, réaliste, loin des idéologies et proche des gens". Proche des gens, Slim Riahi va désormais tenter de le rester le plus longtemps possible. Pour s'inscrire dans la lignée d'un Berlusconi, président du conseil italien pendant presque une décennie.