Serbie : une gay pride sous (très) haute surveillance

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Serbie : une gay pride sous (très) haute surveillance
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 CHARS, CANONS ET HÉLICOS - Belgrade accueillait dimanche sa première gay pride quatre ans après l'émeute qui avait conclu la dernière édition. Un moyen de se racheter une virginité aux yeux de l'UE.

Musique techno et police anti-émeute. De la musique techno, des chars colorés, des drapeaux arc-en-ciel. Jusque là, l'ambiance est festive et le tableau fidèle à celui proposé par n'importe quel défilé de la gay pride dans le monde entier. Sauf qu'à Belgrade, dimanche, le cortège était solidement encadré. Des milliers de policiers anti-émeutes, des blindés munis de canons à eau et même une escadrille d'hélicoptères se sont chargés d'assurer la bonne tenue de l'évènement. Les manifestants ont pu parcourir les rues de la ville dans une ambiance étrange. Bon enfant dans le cortège qui occupait la rue, inexistante sur les trottoirs qui bordent les avenues.

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Une première depuis 2010. Et pour cause, ils étaient désertés par la population, et sécurisés par les forces de l'ordre serbes. Les quelques mouvements ultras-nationalistes à l'homophobie marquée avaient menacé de manifester au même moment. De quoi ranimer le spectre de la dernière édition de la gay pride organisée à Belgrade. En 2010, des groupes homophobes composés de nationalistes et de hooligans avaient agressé les membres de la communauté LGBT réunie à l'occasion. Pour un bilan humain lourd -150 blessés-, et un impact désastreux sur l'image de la société serbe à l'international.  

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© Reuters

"J'espère que c'est un premier pas pour le respect de mes droits." Dans le cortège, les témoignages disent toute la joie des participants de pouvoir défiler librement dans les rues de Belgrade. Mais la plupart des personnes interrogées tiennent à répondre anonymement : "je suis très content de pouvoir enfin marcher librement dans mon Belgrade. J'espère que le défilé d'aujourd'hui représentera un premier pas pour le respect de nos droits".  

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L'œil de Bruxelles pèse sur Belgrade. Pour la Serbie, l'enjeu de la tenue de cette gay pride dépasse le statut de la communauté LGBT au sein de la société. Le Premier ministre Alexandar Vucic l'a expliqué la veille de la cérémonie, pour lui, il s'agit de prouver que le pays est "capable de remplir son obligation d'assurer la sécurité de tous les membres du peuple serbe". Un message directement adressé à Bruxelles et à l'Union Européenne, qui avait les yeux braqués sur les rues de Belgrade dimanche.

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© Reuters

Un test grandeur nature. En effet, le processus d'adhésion de la Serbie à l'Europe des 28 -qui pourrait donc devenir celle des 29- est désormais bien engagé. Jusqu'en 2009, la Serbie rechignait à livrer au TPI deux anciens généraux impliqués dans le massacre de Srebrenica. Cet obstacle franchi, les observateurs de l'UE jugent encore le pays incompatible avec les valeurs des 28, et ce particulièrement en matière d'"appareil judiciaire et de droit fondamental", mais aussi de "justice, de liberté et de sécurité". En cause, la situation des minorités ethniques et celle de la communauté gay. C'est la raison pour laquelle le négociateur en chef pour l'adhésion à l'UE, et le ministre de la Culture, Ivan Tasovac, étaient présents en tête de cortège dimanche en compagnie de Michael Davenport, le chef de la délégation de l'UE à Belgrade, et de nombreux diplomates occidentaux.

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Manifestation d'ultras-orthoxes. Si la gay pride s'est déroulée sans trop de heurts malgré la présence de groupuscules extrémistes sur le tracé du parcours, lors  de la soirée de la veille, les opposants à la tenue de l'évènement se sont réunis pour manifester leur mécontentement. Repoussés par la police, ils étaient notamment menés par le patriarche Irinej, chef d'une Eglise orthodoxe qui représente 80% des Serbes, qui a dénoncé la gay pride.  "Immorale", "imposée par le lobby homosexuel et ses mentors d'Europe", il s'est fermement opposé à sa tenue. Une mauvaise presse de plus pour le pays après l'agression subie par un militant allemand pour les droits homosexuels il y a deux semaines de cela. Malgré tous les efforts d'un gouvernement qui espère intégrer l'UE d'ici 2020, la route vers Bruxelles est encore longue pour la Serbie.