Selfie d’Obama : le photographe raconte

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Selfie d’Obama : le photographe raconte
@ REUTERS
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MISE AU POINT - Le journaliste à l’origine du cliché déplore l’ampleur qu’a pris sa photo.

Lorsqu’il a appuyé sur le déclencheur, le photographe Roberto Schmidt était loin d’imaginer que sa photo entrerait dans l’Histoire. Sur le blog photos de l'AFP, l'agence de presse pour laquelle il travaille, le photographe raconte dans quelles circonstances exactes le cliché a été pris.

"Une femme blonde dont il ne connait pas l’identité".  "Nous sommes dans le stade de Soccer City à Soweto, sous une pluie battante. Je suis là depuis les premières heures du matin. Quand je prends cette image, la cérémonie funéraire a commencé depuis plus de deux heures", raconte-t-il sur le blog photos de l’AFP. "A la tribune, Barack Obama vient de qualifier Mandela de "géant de l’histoire qui a conduit une nation vers la justice". Après ce vibrant éloge, le premier président noir de l’histoire de l’Amérique a regagné sa place dans les gradins, à environ 150 mètres en face de là où je suis posté", poursuit Roberto Schmidt.

Le photographe raconte que le Président américain se trouve à côté de David Cameron, le Premier ministre britannique et d’une femme blonde dont il ne connait pas l’identité. "Je n’arrive pas immédiatement à l’identifier. J'apprendrai, plus tard, qu’il s’agit de la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, mais je ne connais pas le visage de tous les chefs de gouvernement du monde et je pense, sur le moment, qu’il s’agit d’une collaboratrice d'Obama", précise le photojournaliste.

"L’ambiance est totalement décontractée". Quand Helle Thorning Schmidt sort son téléphone portable et se prend en photo en rigolant avec Cameron et le président des Etats-Unis, "je capture la scène sans aucune arrière-pensée". Autour d’eux, le stade célèbre en musique la mémoire de Nelson Mandela. "L’ambiance est totalement décontractée. Je ne trouve rien de choquant dans ce que je vois dans mon viseur, président des Etats-Unis ou pas. Nous sommes en Afrique", souligne Roberto Schmidt.

Mais son cliché, diffusé par son agence de presse puis repris un peu partout par les médias et les réseaux sociaux, fait le tour du monde en quelques minutes. Il devient LA photo du jour, comme si aucune autre n’avait été prise ce jour-là. Et c’est bien ce que déplore le photographe. Pour lui, cette photo montrait simplement que les dirigeants étaient aussi, parfois, des êtres humains comme les autres. Rien d’autres.

"Mon "selfie" a éclipsé une partie de notre travail". "Mes collègues photographes et moi, venus du monde entier pour couvrir l’adieu à Nelson Mandela, avons publié plus de 500 photos ce jour-là. Nous nous sommes tous efforcés de saisir les vrais sentiments des Sud-Africains face à la perte de Madiba. Mais mon "selfie" semble avoir éclipsé une grande partie de notre travail collectif" regrette-t-il.

Voir les choses essentielles. Le photographe conclut son article en confiant que cet épisode l’a poussé à réfléchir. "Si les professionnels de la communication ne contrôlaient pas autant l’image des chefs d’Etat et nous permettaient plus souvent, à nous les journalistes, de les voir comme des êtres humains, une image comme celle que j’ai prise n’aurait jamais causé un tel buzz", écrit Roberto Schmidt, qui avoue avoir était triste de constater la tendance "que nous avons de nous égarer sur les aspects les plus triviaux du quotidien, au lieu de voir les choses essentielles".

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