Séisme au Népal : "On n'a pas eu de signe avant-coureur"

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Séisme au Népal : "On n'a pas eu de signe avant-coureur"
@ Pascal Bernard était l'invité d'Europe 1 lundi matin. Europe 1
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INTERVIEW E1 - Pascal Bernard, sismologue à l'Institut de physique du globe de Paris, explique pourquoi il est difficile de prévoir exactement le déclenchement d'un séisme.

Le séisme le plus meurtrier depuis 80 ans. 5.000 morts, plus de 7.900 blessés et un bilan qui pourrait encore s'alourdir tant il est compliqué pour les secours d'accéder à toutes les zones frappées par le terrible séisme qui a endeuillé le Népal ce week-end. Sur le plan humain, le drame est d'une ampleur sans précédent depuis près d'un siècle : il faut remonter à 1934 pour retrouver trace d'un tremblement de terre plus meurtrier dans la région (10.700 morts à l'époque). Mais le plus inquiétant, c'est que sur le temps long de l'Histoire et d'un point de vue scientifique, ce séisme n'a rien d'extraordinaire. 

Un phénomène scientifique auquel tout le monde s'attendait. "Le tremblement de terre de samedi était prévisible à long terme", expliquait lundi Pascal Bernard, sismologue, au micro d'Europe 1. Le chercheur estime que la région est structurellement instable : "En effet, la plaque indienne se rapproche à raison de 2 centimètres par an de la plaque eurasienne. Etant assez solide, cette plaque a du mal à glisser sous l'autre et provoque des vibrations. Ce qu'il s'est passé samedi, c'est que tout d'un coup, une zone coincée entre deux plaques s'est mise à glisser brutalement en une quarantaine de secondes sur une étendue de 100km sur 30 km avec un glissement de plusieurs mètres tout en vibrant." 

Mais une catastrophe impossible à prévoir précisément. Statistiquement, il se produit au Népal un séisme de cette ampleur tous les siècles. "Tous les 500 ans, il s'en déclenche un plus fort encore. Les scientifiques pensent qu'on peut avoir 30 fois plus d'énergie (sur une zone 10 fois plus grande et avec une durée de la vibration trois fois plus longue) au Népal, avec des magnitudes de 8.5/9", ajoute Pascal Bernard qui ajoute cependant : "mais il est impossible de les prévoir précisément. Pour celui qui s'est produit ce week-end par exemple, à ma connaissance on n'a pas eu de signes avant-coureurs comme de petites vibrations ou des micro-séismes."

L'angoisse va encore perdurer un moment au Népal. A Katmandou, la capitale népalaise, les habitants dorment dans les rues depuis deux nuits, de peur qu'une nouvelle secousse détruise leurs maisons. Et pour cause, des répliques sismiques de magnitude 6.8 ont été ressenties depuis le tremblement de terre. C'est pourquoi Pascal Bernard déconseille fortement de se rendre au Népal dans les mois à venir : " C'est comme un pays en guerre, le Népal est partiellement détruit. Les répliques vont continuer à se faire sentir et elles ne sont pas forcément plus faibles, même si statistiquement c'est souvent le cas." 

De nombreuses régions du monde menacées par ces catastrophes naturelles. Pascal Bernard assure que "la prévention de ces risques progresse grâce à la recherche scientifique" : "Le problème, c'est que ces découvertes ne sont pas forcément applicables au jour le jour. On sait depuis quelques années par exemple qu'on peut avoir une magnitude supérieure à 8 voire égale à 9 au Népal. Mais d'autres régions sont menacées comme l'ouest de l'Amérique latine et particulièrement l'ouest du Chili, où le volcan Calbuco est entré en éruption mercredi", explique-t-il. 

Pas de lien de cause à effet entre l'éruption au Chili et le séisme au Népal. Survenues à trois jours d'intervalle, le tremblement de terre au Népal et l'éruption au Chili à des milliers de kilomètres de là ne sont pas liées pour autant. "Les distances entre les deux points sont bien trop grandes", explique Pascal Bernard. Cependant, si dans ce cas précis, il n'y a aucun rapport entre les deux phénomènes, le chercheur ajoute qu'il peut y avoir une interaction mécanique. "En se vidant, les chambres magmatiques des volcans peuvent provoquer une décompression des grandes failles tectoniques voisines et déclencher des grands séismes sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres." A l'inverse, les secousses sismiques "peuvent déstabiliser les volcans actifs de la région et déclencher des éruptions, et ce sur ces centaines de kilomètre de distance", conclut Pascal Bernard.

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