Saint Suaire : une nouvelle exposition et beaucoup de questions

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Saint Suaire : une nouvelle exposition et beaucoup de questions
@ MARCO BERTORELLO / AFP
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RELIQUE - À partir de dimanche, le saint suaire est exposé pour deux mois à Turin en Italie. Découvert en France, il est la propriété de l'Église depuis 1983.

Il est sans doute, avec la tunique d'Argenteuil, la relique la plus précieuse de l'Église catholique. Le saint suaire est exposé à partir de dimanche à Turin et ce pour une durée de deux mois. Une messe dans la cathédrale San Giovanni, organisée pour marquer l'inauguration de cette exposition, a permis aux fidèles présents d'apercevoir ainsi ce linceul qui aurait enveloppé le corps de Jésus après sa descente de croix. Un million de personnes ont déjà réservé leur place pour voir cette relique dont la dernière "ostension" remonte à 2010. 

"Grand événement". "L'ostension du Saint Suaire est un grand événement de nature religieuse et civile", s'était félicité samedi le maire de Turin, Piero Fassino. Il s'est par ailleurs dit prêt à accueillir "à bras ouverts" les centaines de milliers de pèlerins attendus pendant ces 67 jours. En 2000 et en 2010, c'est aussi à Turin que cette pièce de tissu avait été montrée aux fidèles. Entre ces expositions, le linceul, très fragile, est conservé à l'abri de la lumière et dans de l'argon, un gaz inerte.

Il aurait enveloppé le corps de Jésus. Le saint suaire est une pièce de lin de 4,36 m sur 1,10 m. Selon la tradition, ce linceul aurait reçu le corps de Jésus décédé après le supplice de la croix. L'empreinte de son corps et celle de son visage se seraient alors imprimées dessus. 

La relique a été découverte au milieu du 14e siècle dans la collégiale Notre-Dame à Lirey, près de Troyes en France et offerte en 1983 au Vatican par la famille de Savoie. Ce n'est qu'en 1898 que cette marque est découverte lorsqu'un photographe prend un cliché du linceul et découvre sur ses négatifs la silhouette d'un homme. 

L'Église partagée. Le Vatican a toujours été prudent sur l'authenticité de cette relique en refusant de se prononcer en sa faveur. En 2010, cependant, le pape Benoît XVI, qui avait fait partie des deux millions de visiteurs, avait décrit une "icône extraordinaire" correspondant "totalement" au récit de la mort de Jésus dans les Évangiles. Le pape François fera lui aussi le déplacement à Turin les 20 et 21 juin prochain. 

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© ARCHIVES / AFP

Alors, vrai ou pas ? Les scientifiques et les historiens n'ont pas tranché l'authenticité de ce suaire. Si rien ne vient prouver que l'empreinte du corps est bien celle du fondateur du christianisme, plusieurs analyses ont montré que la pièce de tissu a pu être fabriquée au 1er siècle, soit au moment de l'existence de Jésus. 

Dès 1932, des chercheurs ont démontré que le linceul est le fruit d'un tissage oriental. En 1973, des recherches sur les pollens présents dans le tissu ont montré que 45 des 58 espèces relevées seraient originaires de plantes qui poussent dans la zone méditerranéenne. Deux scientifiques ont aussi démontré en 1984 que les minéraux que l'homme du linceul avaient sous les pieds et sur le front étaient de l'aragonite du travertin, présente à Jérusalem. 

Fabriqué au Moyen-Âge ? Mais, en 1988, des analyses du tissu au carbone 14 sont venues balayer ces études. Elles ont en effet prouvé que le tissu avait été fabriqué au Moyen-Âge, entre 1260 et 1390. Si l'utilisation du carbone 14 est remise en cause par certaines scientifiques, cette datation serait bien compatible avec la manie de l'Église au Moyen-Âge de fabriquer de très nombreuses fausses "reliques", un moyen pour elle de stimuler la foi de ses fidèles mais aussi d'attirer les dons d'argent qui lui permettaient de vivre. 

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