Russie : pourquoi le sort des militants de Greenpeace inquiète

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Russie : pourquoi le sort des militants de Greenpeace inquiète
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De nouvelles inculpations pour "crimes graves" sont en préparation pour les militants écologistes détenus depuis fin septembre.

L’INFO. La justice russe ne relâche pas la pression. Le Comité d'enquête russe a annoncé mercredi préparer de nouvelles inculpations pour "crimes graves" à l'encontre de certains membres d'équipage d'un navire de Greenpeace. Ces militants avaient abordé le 19 septembre une plateforme pétrolière de Gazprom pour y dénoncer les risques écologiques. Détenus depuis dans des conditions jugées "inhumaines" par l’organisation écologiste, la situation des 28 membres d’équipage et de deux photographes empire. Explications.

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Du pavot et de la morphine sur le navire... Les enquêteurs russes auraient découvert à bord de l'Arctic Sunrise, qui avait été arraisonné en mer de Barents dans l’Arctique, des stupéfiants, notamment du pavot et de la morphine, selon le Comité d'enquête. Pour l’instant, leur provenance et leur destination n’ont pas été spécifiées. Mais "il est clair que certaines personnes impliquées vont être inculpées d'autres crimes graves", a prévenu mercredi le Comité d'enquête dans un communiqué. Il a ajouté que les inculpations pour piraterie déjà formulées à l'encontre des 30 membres d'équipage de allaient devoir être "rectifiées". Rien que ce seul chef d’inculpation leur fait encourir 15 ans de détention. 

… ainsi que des équipements suspects. Le Comité d'enquête affirme par ailleurs avoir saisi à bord divers équipements et documents. "Il est d'ores et déjà établi qu'une partie des équipements saisis relève de technologies duales (civiles et militaires, ndlr) et pouvait n'être pas utilisée seulement à des fins écologistes", prévient le porte-parole dans le communiqué.

Une atteinte "à la vie des représentants de la force publique". Les conditions d’arrestation des militants sont également dans le collimateur de la justice russe. "L'enquête est en train d'identifier les individus qui ont volontairement éperonné les embarcations des gardes-côtes (...), portant ainsi atteinte à la vie et à la santé de représentants de la force publique", accuse encore le porte-parole du comité d'enquête.

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Des militants ont déjà été déboutés. Depuis le début de cette affaire, la justice russe n’a fait preuve d'aucune clémence à l’égard des militants. Le tribunal régional de Mourmansk a rejeté mercredi le recours d'un militant, Roman Dolgov, sur son incarcération, après avoir déjà débouté la veille trois autres personnes détenues, dont le médecin du navire, et le photographe freelance Denis Siniakov. Selon la décision du tribunal, tous les quatre seront maintenus en détention provisoire jusqu'au 24 novembre. Les recours des autres militants de Greenpeace détenus devraient être examinés dans les prochains jours mais un calendrier judiciaire précis n’a pas été spécifié.

Greenpeace donne un rendez-vous à Poutine. Signe que leur sort est jugé critique par l’organisation écologiste, le directeur exécutif de Greenpeace International, Kumi Naidoo a demandé, dans une lettre déposée mercredi à l'ambassade de Russie à La Haye, une rencontre avec le président Vladimir Poutine. Le responsable de Greenpeace s'est notamment dit prêt à se rendre en Russie "le plus vite possible" pour se porter "garant du bon comportement des militants de Greenpeace, s'ils sont libérés sous caution". "C'est pourquoi je vous demande de réclamer en tant que président de la Russie que ces charges excessives de piraterie soient levées (...) et que deux photographes freelance, qui ne sont pas membres de Greenpeace, soient immédiatement libérés", indique-t-il. De son côté, le porte-parole de l’homme fort du Kremlin a indiqué ne pas avoir pris pour l'heure connaissance de cette document.

>>> Pour lire ce document, cliquez-ici.

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Des conditions de détention "inhumaines". L’inquiétude est palpable chez Greenpeace qui craint notamment pour la santé de ses militants. L’organisation a dénoncé lundi leurs conditions de détention à Mourmansk, les qualifiant d'"inhumaines". L'ONG écologiste a notamment évoqué le manque d'accès à l'eau potable, une vidéosurveillance permanente en prison, jusque dans les toilettes, et l'absence des soins médicaux appropriés.

"Sur une journée, ils passent vingt-trois heures en cellule et n'ont le droit qu'à une heure de promenade", affirme au journal LeMonde, Ben Ayliffe, de la direction internationale de Greenpeace. L’avocat de l’ONG envisage même de déposer une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme. Il pointe également des vices dans la procédure d’arrestation, qui a été effectuée par un commando des services de sécurité, directement placé sous les ordres de Poutine. "Des hommes armés et masqués ont fait irruption sur le pont du bateau, ne se présentant pas et menaçant l'équipage de leurs armes. Ils ont saisi les effets personnels, et c'est seulement après qu'ils ont établi des PV d'interpellation", assure un autre avocat de Greenpeace.

Sur le site Radio Svoboda, l’une des militantes, la Néerlandaise Faiza Oulahsen a récemment témoigné. Elle raconte comment les militants sont restés en détention plusieurs jours sur le bateau. Après une brève rencontre avec le Consul des Pays-Bas, elle a été transférée dans une cellule glaciale de Mourmansk, éclairée jour et nuit par une ampoule. Selon elle, les autres militants ont été installés "dans de cages à barreaux métalliques, comme des animaux".