Royaume-Uni : ce que les Français devraient scruter dans ces élections

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Royaume-Uni : ce que les Français devraient scruter dans ces élections
Les Britanniques sont appelés aux urnes jeudi pour élire leurs députés@ Justin TALLIS / AFP
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Négociation du Brexit, accords militaires et commerciaux, interlocuteur privilégié outre-Manche, les élections législatives britanniques ne sont pas si éloignées des enjeux français. 

Les Britanniques élisent jeudi leurs 650 députés à la chambre des Communes. C'est la Première ministre Theresa May qui a provoqué ces élections, trois ans plus tôt que prévu, dans le but d'obtenir une plus large majorité dans cette assemblée. Si la France n'a pas de rôle à jouer dans ces élections, elle n'en est pas moins concernée par leurs résultats.

Quels sont les enjeux généraux ?

Theresa May cherche à obtenir le soutien de l'opinion. Les députés ont déjà été élus en 2015, mais ils avaient alors comme chef de file David Cameron. Avec le résultat du référendum sur le Brexit, le Premier ministre qui soutenait le maintien dans l'UE a été désavoué et a démissionné. Theresa May, qui lui a succédé, n'a jamais été "sous le feu des élections", explique Gilles Leydier, professeur de civilisation britannique contemporaine à l'Université de Toulon. "Elle souhaite avoir un soutien clair de l'opinion britannique pour gouverner à sa guise." 

Pour cela, le parti conservateur espère obtenir 40 à 60 sièges de plus. Car aux dernières élections, le parti de Theresa May en avait obtenu 330, soit seulement 17 de plus que nécessaire pour obtenir une majorité. En termes de politique intérieure, "c'est un plébiscite pour le renforcement de politiques sécuritaires" prônées par la Première ministre, affirme Jean-Philippe Fons, ancien maître de conférence en civilisation britannique contemporaine. Un enjeu essentiel compte tenu des récents attentats qui ont endeuillé le Royaume-Uni ces derniers mois.

Plus de marge de manoeuvre pour négocier le Brexit. Mais sur le plan européen, une plus large assise parlementaire permettrait à Theresa May de négocier un Brexit selon ses propres positions qui sont assez dures. Elle a déjà annoncé qu'elle préférait ne parvenir à "aucun accord" avec l'Union européenne plutôt qu'à un "mauvais accord", défavorable au Royaume-Uni. Mais comme le résultat final doit être validé par la chambre des Communes, il est dans l'intérêt de la Première ministre d'être soutenue par des partisans du Brexit, ce qui devrait être le cas à l'issue de ce scrutin.

Quels changements possibles dans les relations européennes ?

En cas de victoire de Corbyn, un "soft-Brexit". Bien qu'une victoire du parti travailliste de Jeremy Corbyn soit peu probable, selon les spécialistes interrogés par Europe1.fr, il s'agit de rester "prudent", conseille Jean-Philippe Fons. Néanmoins dans l'hypothèse où la chambre des Communes basculerait en faveur de l'opposition travailliste, les Européens trouveraient en Jeremy Corbyn un partisan du "soft-Brexit". C'est une position selon laquelle la rupture avec l'UE serait moins franche. Ce que "préféreraient les partis européens", selon Gilles Leydier.

Cependant les membres du Labour (le parti travailliste) "ne sont pas si européens que ça. Ils ont fait une campagne peu enthousiaste en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'UE avant le référendum", nuance le spécialiste de la civilisation britannique. Par la suite, la ligne "populiste, voire gauchiste radicale" pourrait nuire aux relations entre les partenaires européens.

En cas de victoire de Theresa May, une position plus claire. À l'inverse, si le parti conservateur de la Première ministre maintient voire accroît sa majorité parlementaire, cela clarifierait la position du Royaume-Uni dans les négociations sur le Brexit. Soutenue par une majorité en faveur du Brexit, Theresa May pourrait imposer sa conception du "hard-Brexit" plus clairement. Ce serait donc un avantage pour les membres de l'UE.

Quelles conséquences sur la France ?

La fin des relations bilatérales ? Quelle que soit la majorité issue de ces élections législatives anticipées, "la France et le Royaume-Uni ont une longue histoire de relations plus ou moins cordiales", rappelle Gilles Leydier. Il n'est donc pas question que les deux pays rompent leurs relations. Les discussions en termes de sécurité, de défense, de lutte contre le terrorisme ou encore de coopération militaire vont se poursuivre. 

Une assemblée plus populiste ? Selon Jean-Philippe Fons, il faut être "vigilant sur la couleur de l'assemblée". Au-delà de la question de la majorité, ces élections législatives pourraient permettre la montée en puissance des représentants "considérés comme d'extrême droite, europhobe, populistes voire xénophobes et racistes". Puisque la France est liée économiquement, militairement et même culturellement au Royaume-Uni, la composition de l'opposition de cette assemblée pourraient avoir, sur le long terme, une influence sur la tonalité des relations entre les deux pays.