Romney a "toujours rêvé d'être président"
Le candidat mormon, jugé trop lisse, trop riche, est devancé dans les sondages par Newt Gingrich. © Reuters

Le candidat mormon, jugé trop lisse, trop riche, est devancé dans les sondages par Newt Gingrich.

> Mitt Romney retrouvera ses adversaires dans la course à l'investiture républicaine mardi pour une primaire décisive en Floride.

Ses adversaires disent qu’il est "le candidat de Wall Street". Longtemps donné favori, l’ex-homme d’affaires Mitt Romney semble plus que jamais en perte de vitesse face à Newt Gringrich dans la course à l’investiture républicaine. Considéré comme trop modéré pour la base conservatrice de son parti, ce mormon de 64 ans souffre de son manque de charisme et d'une image jugée trop lisse.

"Il n’arrive pas à avoir une existence crédible. Les gens ne l’aiment pas, n’adhèrent pas parce qu’ils considèrent qu’il manque de vérité, d’authenticité", analyse la politologue Nicole Bacharan. "Il reste un technocrate qui ne suscite pas l’enthousiasme. On peut citer tous les défauts qu’il n’a pas mais les qualités, personne n’en voit", ajoute la politologue.

Physique athlétique, mâchoire carrée, tempes grisonnantes... Marié depuis 42 ans à Ann, son amour de lycée, ils ont cinq fils et seize petits-enfants. A 64 ans, Mitt Romney semble pourtant taillé pour le costume de président des États-Unis. Une vocation qui lui est venue très tôt. "Il voulait déjà être président quand il avait 20 ans",  souligne Nicole Bacharan, politologue et spécialiste de la société américaine. Pourtant, malgré le sillon tracé par son père, George Romney, gouverneur républicain du Michigan dans les années 60 et candidat à la présidentielle en 1968, Mitt Romney se tourne vers le monde des affaires sitôt ses diplômes de la prestigieuse université de Havard en poche.

Une carrière dans le monde de la finance

Dès les années 1980, il fonde la société d'investissement Bain Capital. Très vite, le jeune homme d'affaires amasse une fortune colossale en restructurant des entreprises dont les actifs sont ensuite revendus au prix fort. Cette carrière dans le monde de la finance lui vaut d'ailleurs aujourd'hui l'essentiel des attaques de ses adversaires. Symbole du capitalisme dans un pays en proie à la pire crise économique depuis les années 1930, Mitt Romney est accusé d'avoir licencié à tour de bras lorsqu'il était à la tête de Bain Capital. Interrogé sur sa fortune personnelle estimée à 250 millions de dollars, 189 millions d'euros, il a été contraint de publier sa feuille d'impôts.

"Je ne vais pas m'excuser pour ma réussite (...) j'ai travaillé dur pour obtenir ce que j'ai", s'est défendu Mitt Romney lors d'un débat télévisé entre les candidats républicains à Tampa, en Floride. "Je suis fier d'avoir aidé à créer des entreprises qui ont grandi, qui ont embauché et pas seulement des emplois hautement qualifiés dans la finance", a-t-il ajouté, en se disant "surpris" que les attaques sur sa fortune viennent de son propre camp.

Ayant travaillé plus de 25 ans dans le secteur privé, il estime aujourd'hui être le spécialiste de l’économie dont l’Amérique a besoin pour remettre de l’ordre dans le "chaos créé par Barack Obama". "Il a deux forces :  c’est un grand capitaine capitaliste qui a réussi. Les gens pensent qu’il doit avoir des compétences économiques. L’autre, c’est qu’il apparaît raisonnable et modéré alors que Gingrinch fait peur à l’électorat. Il n’inspire pas confiance mais ne fait pas peur", analyse Nicole Bacharan.

Le tournant des années 90

Ce n'est que dans les années 1990 qu'il se lance en politique. En 1994, Mitt Romney présente sa candidature au Sénat. En vain. Il est battu par Ted Kennedy, le frère de l'ancien président assassiné. Mais Mitt Romney ne désarme pas. En 2002, il devient gouverneur du Massachusetts. Jusqu'à 2006, il réalise de nombreuses avancées sur le plan social. Il met en place un "plan de santé pour tous" à l’image de celui que Barack Obama a du batailler pour mettre en place sur tout le territoire en 2009 et qu'il condamne aujourd'hui. Il affirme que l’Etat n’a pas à s’exprimer sur l’avortement ou le mariage gay etc. Des positions très centristes.

En 2008, sentant une poussée du conservatisme dans l’électorat républicain, Mitt Romney change son fusil d’épaule. "Il a voulu se transformer en républicain ultraconservateur sur le plan économique mais aussi sur le plan des valeurs morales", souligne Nicole Bacharan. Mais le résultat escompté n’est pas au rendez-vous. "Les républicains modérés ont pris la fuite et les vrais conservateurs ont estimé qu’il n’était pas sincère", ajoute-t-elle. Nouveau coup dur pour Mitt Romney : l'investiture républicaine lui échappe au profit de John McCain. Mais il en faut plus pour entamer la ténacité de ce mormon. Sa persévérance, il l'a apprise en France en 1966. Missionnaire de “l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours”, il a étudié la Bible, le français et fait du porte-à-porte avec ses coreligionnaires pour tenter de convaincre les habitants pendant 30 mois.

"On dit de lui qu'il est une girouette" :


Gingrich creuse l'écart

Quatre ans plus tard, Mitt Romney n'a toujours pas choisi entre ultraconservatisme et conservatisme modérée. "Aujourd’hui, on voit bien qu’il hésite entre ces deux écueils. On ne sait pas ce qu’il pense", souligne Nicole Bacharan.

A quelques jours de la primaire en Floride du 1er février, son adversaire Newt Gingrich creuse l’écart avec 38% des intentions de vote, soit 5 points de plus, selon un sondage Public Policy Polling. "Si Newt Gingrich gagne la Floride, Mitt Romney aura beaucoup de mal à s’en remettre. Dans le cas inverse, Newt Gingrich ne va pas disparaître et la bataille sera longue. Ça sera décisif", conclut Nicole Bacharan .