Rohingyas : Europe 1 a rencontré des orphelins à la frontière birmane

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Dans un camp de réfugiés Rohingyas, des enfants orphelins ont raconté à Europe 1 la violence inouïe subie par leurs familles.

REPORTAGE

Le silence n'était plus possible pour la dirigeante Birmane. Aung San Suu Kyi s'est exprimée mardi à la télévision sur le sort des Rohingyas. Jusqu'ici, la Prix Nobel de la paix s'était fait très discrète sur la répression subie par cette minorité musulmane persécutée en Birmanie. Elle s'est dite profondément désolée pour les civils pris au piège et a affirmé que la Birmanie était prête à assurer le retour des réfugiés. L'envoyée spéciale d'Europe 1 a rencontré des orphelins à la frontière avec le Bangladesh.

Mohamed Rachid, 10 ans
J'ai tout vu

Beaucoup d'orphelins. Parmi les centaines de milliers de Rohingyas qui se retrouvent dans ces camps de réfugiés se trouvent beaucoup d'enfants seuls. Ils seraient près de 2.000 dans ce cas-là. Leurs parents ont pour la plupart été exécutés. Mohamed Rachid, 10 ans, a vu ses parents se faire tuer sous ses yeux, alors qu'il s'était dissimulé dans la végétation. "J'ai vu des soldats et des bouddhistes arriver. Ils ont d'abord tiré sur ma mère puis sur mon père. J'ai tout vu. S'ils avaient pu me tuer ils m'auraient tué aussi", confie-t-il au micro d'Europe 1. "Ensuite, j'ai couru sans m'arrêter en suivant des gens, les soldats étaient juste derrière nous, ils hurlaient 'dégagez ou on vous fait la peau'. Ma grande sœur s'est enfuie avec moi mais je ne sais pas ce qu'est devenu ma petite sœur et mes deux frères".

Fatima, 11 ans
J'ai senti ma peau brûler

L'enfer est d'abord venu du ciel. Les enfants viennent de dizaines de villages différents mais leurs récits concordent. Ils témoignent de la méthode utilisée par l'armée birmane pour que les Rohingyas ne reviennent jamais. Fatima a 11 ans, des brûlures visibles sur ses bras. Elle se souvient que l'enfer est d'abord venu du ciel : "Des hélicoptères de l'armée ont tiré. Les maisons prenaient feu. Ma sœur est morte à côté de moi. J'ai senti ma peau brûler, je saignais mais j'ai couru, j'ai couru", se rappelle la jeune fille. "J'ai été trop loin pour savoir ce qui était arrivé à mes parents. Je ne sais pas s'ils se sont faits tirer dessus, s'ils se sont fait égorgés ou s'ils ont été blessés. Je n'ai envie de rien sans eux", ajoute-t-elle.

Comme elle, ceux qui n'ont pas assisté au meurtre de leur parents s'accrochent à l'espoir de les voir surgir à tout moment dans le camp. Mais "cela ne s'est encore jamais produit", soupire un éducateur.