Relation avec Daech : la Turquie "a joué avec le feu"

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L'aéroport d'Istanbul a été visé par un attentat mardi soir. Pour Christian Makarian, "il y a eu beaucoup de complaisance (de la Turquie) vis-à-vis de Daech".

INTERVIEW

Istanbul a été la cible d'un nouvel attentat mardi soir. En fin de journée, des kamikazes se sont fait exploser à l'aéroport international d'Istanbul après avoir ouvert le feu. Mercredi matin, Christian Makarian, directeur délégué de la rédaction de l'Express, éditorialiste en politique étrangère à l'Express et spécialiste de la Turquie et Ahmet Insel, politologue et auteur de plusieurs ouvrages sur la Turquie étaient les invités de la matinale d'Europe 1. Pour les deux hommes, la Turquie est victime de sa "complaisance" passée avec Daech.

"La Turquie a joué avec le feu". Le pays est régulièrement visé par des attaques terroristes depuis plusieurs mois. Pour Christian Makarian, la Turquie est visée "parce que c'est évidemment le voisin immédiat de la Syrie et que, sur le plan de sa stratégie régionale, le pays a joué avec le feu". "Au démarrage du conflit syrien, on sait que la Turquie était très opposée à Bachal Al-Assad et qu'elle souhaitait sa chute. La Turquie n'a donc pas prêté trop attention à l'émergence de Daech qui s'est vraiment affirmé au cours de l'année 2014", explique le spécialiste de la Turquie. "Il y a eu beaucoup de complaisance vis-à-vis de Daech parce que ce n'était pas l'ennemi principal. Il y a eu toute sorte de trafics dans les deux sens", poursuit-il. "Nous n'avons pas la preuve qu'ils (la Turquie) ont directement soutenu Daech, mais ils ont directement soutenu les organisations djihadistes et quand vous envoyez des armes à l'une, elles se retrouvent chez l'autre après", renchérit Ahmet Insel.

Trahison de la Turquie. Après cette complaisance, la Turquie "a dû procéder à un revirement l'an dernier sous la pression notamment des Etats-Unis", avance le directeur délégué de la rédaction de l'Express. "Après ce revirement, Daech a dénoncé la trahison et a menacé la Turquie. L'an dernier dans une vidéo de Daech, le président Erdogan a été traité de 'Satan' et la Turquie a été ouvertement menacée de toute sorte d'attentats", détaille-t-il. Par ailleurs, "Istanbul est une sorte de symbole, c'est Byzance qui est tombée aux mains de l'Islam, donc il y a vis-à-vis de la Turquie une attitude très particulière", prévient Christian Makarian. "Ce qu'a voulu faire Daech cette fois-ci, c'est frapper le gouvernement et l'Etat turcs au cœur du dispositif puise que cet aéroport était ultra-sécurisé. C'est pour dire 'on fait ce que l'on veut'", conclut-il.

Le type d'attaque assimilé à Daech. Si l'attentat de mardi soir n'a pas encore été revendiqué, "le type d'attaque est assimilé aux attaques de Daech", explique Ahmet Insel. "Il y a un membre des services de sécurité de l'aéroport qui a dit que l'une des personnes était identifiée comme militante de Daech puisqu'on l'a vu sur les caméras le matin venir à l'aéroport et faire une sorte de reconnaissance des lieux", poursuit-il.