Grèce : le triomphe d'Alexis Tsipras

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Grèce : le triomphe d'Alexis Tsipras
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PORTRAIT - Le nouvel homme fort du pays, leader de Syriza, le parti d’extrême-gauche vainqueur des élections en Grèce, inquiète l’Union européenne.

Ses adversaires l’accusent d’europhobie et de mener la Grèce à la faillite. Alexis Tsipras, le leader du parti d’extrême-gauche Syriza, a pourtant remporté avec son parti les élections législatives de dimanche. Cet homme d’à peine 40 ans a connu une ascension fulgurante, en même temps que sa formation politique. Mais l’arrivée possible de cet ancien militant communiste au poste de Premier ministre effraye les marchés et l’UE, inquiets d’une sortie de la Grèce de la zone euro, voire même d’une possible faillite. Qui est donc Alexis Tsipras, l’homme qui fait peur à Bruxelles ?  

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Une précocité étonnante. Alexis Tsipras n’est âgé que de 40 ans, mais il bénéficie déjà d’une grande expérience politique. Cet enfant de la petite bourgeoise athénienne a fait son apparition sur la scène en terminant troisième de la municipale athénienne en 2006, avant de devenir le leader de la Coalition de gauche en 2008. Il prend alors la tête de Syriza, pour devenir le plus jeune responsable d’un parti politique grec. A partir de là, son ascension est fulgurante. En 2012, Syriza recueille plus de 16% des voix aux élections législatives et devient la troisième puissance politique du pays. Après les résultats de dimanche, Alexis Tsipras pourrait bien devenir le plus jeune Premier ministre de l'histoire de son pays.

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Un discours adouci. Le parti d’extrême-gauche en est conscient : il fait peur aux dirigeants européens. Pourtant, depuis 2012, les positions de Syriza et de son leader se sont adoucies. Une sortie de la monnaie unique n’est désormais plus du tout envisagée par Alexis Tsipras. La mesure phare du parti d’extrême-gauche, c’est la renégociation de la dette grecque auprès de l’UE et du FMI, les créanciers du pays, et la fin de l’austérité. D'ailleurs plusieurs experts n’envisagent pas de révolution en cas de victoire d’Alexis Tsipras. "Syriza sera contraint de se conformer aux dires de l’Europe. Le parti n’osera pas conduire le pays à la faillite", assurait ainsi Panayiotis Petrakis, professeur à l’université d’économie d’Athènes.

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De la haine à l’amour avec l’Allemagne. Pourfendeur des politiques d’austérité, le leader de Syriza a surtout un homme politique dans le viseur : Angela Merkel. Dans ses discours, il n’a jamais hésité à égratigner la politique de la chancelière allemande. Pourtant, en deux ans, le discours vis-à-vis de l’Allemagne a bien changé. Alexis Tsipras s’est lancé au début du mois de janvier dans une véritable campagne de séduction dans la presse allemande. Le leader de Syriza a assuré, dans une tribune, que "les contribuables allemands n’ont rien à craindre d’un gouvernement Syriza". "Notre objectif n'est pas d'aller à la confrontation avec nos partenaires, d'obtenir plus de prêts ou un blanc-seing pour de nouveaux déficits", mais "la stabilisation du pays et la fin de la saignée des contribuables allemands et grecs », a-t-il poursuivi.

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Une image soigneusement entretenue. Si Alexis Tsipras déchaîne tant les passions dans son pays, c’est parce que de nombreux Grecs s’identifient à lui. Marié et père de deux enfants, les cheveux bruns légèrement coiffés, et habillé de ses costumes sans cravate, le leader de Syriza s’est positionné comme un candidat "normal".  Comme beaucoup de ses compatriotes, "il circule à moto et adore le football", note France 24. "Il est proche du peuple. Il est comme nous, sans cravate, il est sympa", analyse Yannis Pretenderis, éditorialiste au quotidien To Vima et journaliste sur la chaîne Mega TV, au micro d’Europe 1.

Le "Besancenot grec". Avec cette image d’homme simple, Alexis Tspiras est souvent comparé à Olivier Besancenot, l'ancien porte-parole du NPA (nouveau parti anticapitaliste) et autre jeune leader d’extrême-gauche. "Il a trouvé un espace pour exprimer la fureur, le désespoir, en somme, tous les reproches que les gens simples faisaient au système politique. Les gens veulent croire en quelque chose de différent de frais, de jeune. Il me rappelle énormément Olivier Besancenot. Pour moi, c’est le Besancenot grec", soutient Yannis Pretenderis. De quoi donner des idées aux autres formations d’extrême-gauche à travers l’Europe.

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