Ce que l'on retiendra du président Obama dans les livres d'histoire

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Ce que l'on retiendra du président Obama dans les livres d'histoire
Le président figurera, s'accordent les spécialistes, parmi les présidents qui ont compté.@ AFP
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Barack Obama s'apprête à quitter la Maison-Blanche après huit années au pouvoir marquées par autant d'espoirs que de déceptions.

La page Obama est prête à se tourner. Après deux mandats successifs, le "Commander in Chief", élu en 2008 sur le slogan "Yes we can", laissera la place à son successeur démocrate ou républicain le 20 janvier, jour officiel de l'investiture du nouveau président.

Quel bilan tirer de ces huit années au pouvoir marquées notamment par une violente crise économique et un conflit syrien meurtrier ? Le président récompensé par le prix Nobel de la paix en 2009, figurera, s'accordent les spécialistes, parmi les présidents qui ont compté.

Le premier président afro-américain. Barack Obama est le premier président afro-américain des États-Unis. Tout un symbole pour ce pays marqué par les clivages raciaux. "Son élection a montré aux minorités que tout est possible", souligne Yannick Mireur, politologue spécialiste des États-Unis, fondateur de Nexus forum. Pour autant, il n'aura pas changé la condition des noirs dans le pays et fait diminuer les violences policières envers les Afro-Américains. "Il n'était pas destiné à être le président des noirs, mais le président de tous les Américains", nuance le spécialiste. "Les attentes résultent d'une mauvaise lecture qui a été faite de son identité". 

Le président charismatique. "Il a exercé cette fonction avec une forme d'élégance, de sérieux, de dignité qui sont loin de celles de Donald Trump et d'Hillary Clinton", remarque François Clemenceau, rédacteur en chef du JDD et ancien correspondant à Washington d'Europe 1.  Son calme dans la tempête a forcé le respect. Ses discours ciselés, comme celui de Berlin en 2013 ou de Selma, en Alabama, sur les droits civiques, ont ainsi marqué les esprits.

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Le président du renouveau. L'investiture inattendue de Barack Obama face à Hillary Clinton en 2008 et son élection "sont la preuve qu'il peut y avoir du renouveau dans le système politique américain, en dépit de ses blocages", selon Yannick Mireur.  Quand il est arrivé au pouvoir, à 47 ans, il était un relatif novice en politique et n'avait exercé qu'un seul mandat national de sénateur. Il n'était pas non plus le favori du parti démocrate. "Il a offert un surgissement d'espérance politique après une période de turbulence avec George W Bush", ajoute le spécialiste de la politique américaine.

Le président de l'Obamacare. D'Obama, on retiendra aussi ses tentatives pour une intervention plus efficace de l'État. Il a fait passer, dans la douleur, un plan de relance de 800 milliards de dollars. Puis fait voter, à l'issue d'une bataille parlementaire homérique, une réforme historique du système d'assurance maladie, surnommée "Obamacare", sur laquelle tous ses prédécesseurs s'étaient cassés les dents. "Cette réforme, qui a été largement édulcorée à cause des blocages que le président a rencontrés au Congrès, permet malgré tout à des millions d'Américains pauvres d'avoir accès à une couverture sociale", pointe le politologue, auteur du livre "Le monde d'Obama".

Barack Obama a également tenté de corriger par davantage de régulation les excès du système bancaire. "Sa réforme a été bancale mais elle a quand même donné le cap", assure Yannick Mireur.  Aussi, il est le président qui a su surmonter une crise économique d'une violence sans précédent, en venant notamment en aide au secteur automobile. En 2016, le taux de chômage aux Etats-Unis, à 5%, est deux fois moins fort qu'au plus fort de la crise, en 2009.

Le président pas assez pragmatique. Mais ses ambitions ont été largement freinées. Les espoirs qu'il a suscités ont parfois été déçus et il laisse derrière lui un pays traversé de profondes lignes de fractures. "Ses échecs - sur l'immigration, le contrôle des armes à feu, le climat - sont dus en partie au Congrès américain, républicain depuis 2010, qui s'est opposé systématiquement à ses réformes", précise François Clemenceau.  Mais c'est aussi la personnalité de Barack Obama qui l'explique. "Ce n'est pas un négociateur", complète-t-il. "L'idée de passer trois heures sur un terrain de golf avec un membre de la Chambre des représentants pour trouver un compromis lui est étranger. Il a été un président trop intellectuel pour l'Amérique, pas assez pragmatique, pas assez terre à terre." 

Le président au bilan international mitigé. Sur le plan international aussi, son bilan est en dent de scie. Au Moyen-Orient, le tableau est inachevé. La mort du chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, tué le 2 mai 2011 dans un raid américain au Pakistan, restera comme un moment fort de sa présidence. Tout comme le dégel avec l'Iran après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien. Mais en se rapprochant de son ancien ennemi, le président s'est éloigné de ses alliés dans la région, comme l'Arabie Saoudite. En Syrie, aussi, Barack Obama, prix Nobel de la paix en 2009, a été hésitant. "Il a laissé la Russie occuper l'espace", constate le politologue. "Mais s'il avait souhaité intervenir, il aurait été confronté à une opinion américaine défavorable, le président ayant été élu sur la promesse de mettre fin aux guerres dans lesquelles s'était engagé George W. Bush", tempère Yannick Mireur.

En Asie, il a su recréer un dialogue avec la Chine, mais on lui reproche, y compris dans les rangs démocrates, de n'avoir pas réussi à être suffisamment ferme face à cette puissance grandissante. "D'autant que l'opinion américaine est de plus en plus défavorable aux traités de libre-échange. Elle y voit la raison de la perte d'emplois des Américains", précise-t-il.

Conclusion, le président qui va manquer aux Américains. Malgré ses imperfections et ses résultats parfois loin des attentes, Barack Obama va manquer aux Américains. Sa cote de popularité avoisine aujourd'hui les 50 %. "Il était le président de son époque", soutient François Clemenceau. "Il a été irréprochable dans le sens de l'intérêt public et avait une vision pour son pays. Depuis Ronald Reagan ou Harry Truman, l'Amérique n'avait pas eu un président de cette envergure", pointe également Yannick Mireur. Selon les spécialistes, pas besoin de chercher très loin le nom du chapitre qui lui sera consacré dans les livres des écoliers, il pourrait s'intituler, "Barack Obama, 2008-2016, un grand président".