Qatar-2022 : l’enfer continue pour les ouvriers du Mondial

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Qatar-2022 : l’enfer continue pour les ouvriers du Mondial
Chambres minuscules, douches extérieures : l’insalubrité au quotidien des travailleurs immigrés.@ Amnesty International
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Travail forcé, confiscation de passeport, les abus sont encore nombreux sur les chantiers des stades qui accueilleront la Coupe du monde.

Ils viennent du Bangladesh, du Népal ou encore d’Inde. Ces ouvriers immigrés travaillent pour certains depuis plusieurs années sur les chantiers des stades qui accueilleront les matches de la Coupe du monde en 2022 au Qatar.

En 2013, le Guardian avait tiré la sonnette d’alarme après de nombreux décès sur les chantiers. Si les conditions se sont améliorées pour certains, de nombreux ouvriers continuent à dénoncer, dans un nouveau rapport d’Amnesty International, le cauchemar du travail sur les chantiers du Mondial.

Le "kafala"  ou la règle de la dépendance. Sur les deux cent ouvriers interrogés par l’ONG, presqu’aucun n’a revu sa famille depuis qu’il a quitté son pays pour venir travailler au Qatar. Pourtant, certains ont essayé. Des Népalais, par exemple, ont voulu rentrer quelques jours au pays au moment du séisme de Katmandou. Ils ont demandé l'autorisation à leur patron, qui le leur a refusé. Car c’est la règle au Qatar. Une règle qui porte le nom de "kafala".

Il s’agit d’un "parrainage" entre un employeur et un travailleur immigré qui permet à ce dernier d’obtenir un contrat de travail en toute légalité. Mais en réalité, cette règle "donne tous les pouvoirs à l’employeur", estime Sabine Gagnier, d’Amnesty International, jointe par Europe1.fr. Malgré de nettes améliorations, avec notamment la mise en place par le Qatar d’un comité chargé de veiller aux conditions de travail et de logement de ces travailleurs, de nombreux abus perdurent, selon l’ONG.

Si tu continues de râler, je fais annuler ton visa

Duperies et dettes. Travail forcé, confiscation de passeport, tromperie sur la nature du travail à effectuer, des employeurs profitent encore de cette main d’œuvre fragilisée pour ne pas respecter les règles. "Beaucoup des 200 travailleurs que nous avons interrogés se sont endettés pour payer des intermédiaires qui leur ont trouvé un travail au Qatar. Mais lorsqu’ils sont arrivés sur place, leur salaire était beaucoup moins élevé que prévu", explique Sabine Gagnier.

C’est le cas de Mushfiqur, un Bangladais de 22 ans qui n’a touché que la moitié du montant qui lui avait été promis lorsqu’il a quitté son pays. "Mon manager m’a juste dit : "je me fiche de ce qu’ils t’ont dit là-bas, si tu continues de râler, je fais annuler ton visa et je te renvoie au Bangladesh"", confie l’ouvrier qui travaille comme jardinier autour du complexe sportif de l'Aspire Zone, où le Bayern Munich, l'Everton et le Paris Saint-Germain se sont entraînés l’hiver dernier.

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Quand Nabeel, un ouvrier métallurgiste, s'est plaint de ne pas avoir été payé depuis plusieurs mois, son employeur l’a menacé de l’empêcher de quitter le pays s’il voulait un jour rentrer chez lui. "Depuis, je fais attention à ne pas me plaindre au sujet de mon salaire ou de quoi que ce soit d'autre. Bien sûr, si c'était possible je changerais de travail et je partirais du Qatar", admet le travailleur indien qui travaille sur le chantier du Khalifa International Stadium à Doha.

D’ici à 2018, le nombre de ces travailleurs sur les chantiers du Mondial devrait être multiplié par dix, soit 36.000 ouvriers. De quoi susciter inquiétude d’Amnesty International sur la capacité du Qatar à faire respecter les standards imposés par la loi. "C’est pourquoi nous demandons à la FIFA, commanditaires de ces chantiers, de multiplier les contrôles pour s’assurer que les normes sont respectées par les employeurs", insiste Sabine Gagnier. de son côté, la fédération de football estime, dans une lettre adressée à Amnesty International, avoir pris en compte les remarques et demandes de l'ONG depuis 2015 et précise qu'elle "surveille de près le travail fait par le comité chargé de veiller au bien-être des travailleurs".