Primaires américaines : "La victoire de Rubio en Floride changerait la donne"

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Cinq Etats votent mardi soir pour un nouveau "super Tuesday". L’enjeu est de taille pour le gouverneur de la Floride.
INTERVIEW

Les bureaux de vote ont ouvert dans les cinq grands Etats américains (l'Ohio, l'Illinois, la Caroline du Nord et le Missouri) devant s'exprimer mardi aux primaires présidentielles. Démocrates et républicains organisent leurs scrutins, mais c’est du côté des républicains que l’enjeu semble être le plus important. Si Marco Rubio gagnait la Floride, dont il est sénateur, il pourrait alors redevenir un sérieux challengeur pour Donald Trump actuellement en tête de la course à l’investiture avec 460 délégués contre 163 pour Rubio.

>> Yannick Mireur, politologue, spécialiste des Etats-Unis, décrypte, en trois  questions l’enjeux de ce "super mardi".

La Floride et l’Ohio pratiquent la règle du "winner takes all" (le gagnant prend tout) qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Chez les républicains, il existe une règle un peu particulière dans deux des Etats qui voteront mardi, le "winner takes all" qui signifie que le gagnant du scrutin se verra attribuer l’ensemble des voix des délégués, soit 99 pour la Floride et 66 pour l’Ohio. Il s’agit d’un nombre de suffrages non négligeable puisque, à titre de comparaison, les deux plus gros Etats en termes de délégués sont le Texas avec 150 suffrages et 172 pour la Californie. Les enjeux sont donc très élevés pour l’Ohio et la Floride.

Pourquoi le scrutin en Floride sera-t-il particulièrement suivi aux Etats-Unis ?

Tout d’abord, l’issue du scrutin en Floride sera décisive pour Marco Rubio. Le gouverneur de Floride, rival de Trump, n’est pas donné favori dans les sondages. C’est donc la suite de sa candidature qui est en jeu mardi. S’il remporte l’ensemble des délégués, cela lui permettra de revenir dans la course, sachant qu’il est, en plus, préféré à Trump par les dignitaires du parti républicain. La victoire de Rubio en Floride changerait la donne. En revanche, s’il perd, la messe sera dite.

Et les projections sont d’autant plus difficiles à faire que la sociologie du vote en Floride est très éclatée. Cet Etat du sud-est des Etats-Unis compte de nombreux immigrés cubains, vivement opposés à l’ouverture avec Cuba prônée par Obama, et sont donc anti-démocrates. Cette frange de la population soutiendrait davantage un Marco Rubio, qui est d'origine cubaine. Mais, les Cubaions pourraient être séduit par Donald Trump qui représente un vote de rupture, notamment pour les Américains les moins favorisés. En outre, il y a en Floride une forte représentation de retraités, un groupe fait de contrastes et aux ressorts de votes divers. Il n’existe pas de monolithe dans cette frange de la population. Tout est donc possible.

Si Marco Rubio perd la Floride face à Trump, cela garantit-il au sulfureux milliardaire une investiture par son parti ?

Techniquement, même si Trump remporte les 99 délégués de Floride, ce ne sera pas gagné pour lui, puisque le candidat républicain doit remporter au moins  1.237 délégués pour être investi. On en est encore loin. Trump est à 460 délégués, Ted Cruz à 369, Marco Rubio à 163 et John Kasich à 63. Il faudra donc voir ce qui se passe dans l’Ohio qui va attribuer 66 délégués, mais aussi dans des gros Etats comme la Californie (172 délégués en jeu) où le vote aura lieu au mois de juin, ou encore le New Hampshire, où Trump est donné favori.

 

Yannick Mireur est politologue, spécialiste des Etats-Unis. Il a publié Le monde d’Obama aux éditions Choiseul