Près de Raqqa, djihadistes et réfugiés partagent le même camp

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REPORTAGE - Dans un camp de réfugiés des environs de Raqqa, les femmes de djihadistes, placées sous surveillance, côtoient les réfugiés de la ville syrienne qui ont passé quatre ans sous le joug du groupe Etat islamique.

REPORTAGE

Avec la chute de Raqqa se pose désormais le problème des djihadistes étrangers, venus en masse dans cette ville syrienne au cours des quatre dernières années. Beaucoup sont morts dans la ville, qui a été reprise par les miliciens kurdes épaulés par des forces spéciales françaises et américaines le 17 octobre, mais d'autres en sont sortis vivants. Parmi eux, certains ont été autorisés à quitter la ville avec leurs familles, à la faveur d'un accord controversé conclu par les forces kurdes durant les derniers jours de bataille, quand d'autres ont préféré se rendre. Une partie de ces familles, et notamment les épouses des djihadistes, vivent désormais sous surveillance dans le camp de réfugiés d’Ain Issa, à deux heures de Raqqa. 

Dans les allées du camp, les victimes de l’État islamique côtoient ainsi les femmes étrangères qui ont rejoint l’organisation. Ces épouses de djihadistes dorment à l’écart avec leurs enfants, dans un poste de renseignement. Face au brassage des nationalités, on prend ici la mesure de ce qu’était Raqqa, capitale du djihadisme mondiale.

Des femmes de tous horizons. Khadija, une tunisienne de 29 ans, partage sa chambre avec des femmes de tous pays. "Il y a ici une rousse, une Libanaise, les autres sont déjà parties en prison : une Française et trois Belges", explique-t-elle. Les familles françaises sorties de Raqqa sont désormais emprisonnées.

"J’ai fait une grande faute". Le mari de Khadija, un combattant tunisien qui s’est rendu aux forces kurdes, est lui aussi en prison. La jeune femme s’est mariée à Raqqa après avoir quitté la Tunisie "en quête d’une illusion, le djihad", avoue-t-elle. "Je suis arrivée ici pour chercher ce qui était islamique, mais quand je suis arrivé à Raqqa, il n’y avait rien de l’Islam. Je veux rentrer en Tunisie, je veux revoir ma famille", explique-t-elle. "Je sais que j’ai fait une grande faute, mais je ne veux pas rester ici".

Une étrange cohabitation. Son mari doit être jugé sur place avant un éventuel retour en Tunisie. En attendant, Khadija a fini par se lier d’amitié dans le camp avec des réfugiés de la ville tombée. "Je n’avais pas réalisé qui étaient ces habitants que nous avons tant fait souffrir", avoue-t-elle.