Pourquoi le Venezuela s'enfonce dans la crise ?

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Pourquoi le Venezuela s'enfonce dans la crise ?
Des milliers de manifestants défilent contre le pouvoir en place depuis trois semaines. @ Federico PARRA / AFP
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De violentes manifestations contre le président Nicolas Maduro, accusé de dérive autoritaire, ont éclaté ces dernières semaines, sur fond de grave crise économique. 

Le Venezuela traverse des jours agités. Des centaines de milliers d'opposants ont défilé mercredi dans tout le pays contre le président Nicolas Maduro, alors que trois personnes ont été tuées en marge de ces rassemblements. Le pouvoir en place, accusé de dérive autoritaire, est de plus en plus contesté dans cet État d’Amérique latine touché de plein fouet par une grave crise économique. Mais pourquoi le Venezuela s’enfonce-t-il dans une spirale infernale ?

  • Une grave crise économique 

Depuis plusieurs années, le Venezuela connaît une grave crise économique. Le pays était pourtant l’un des plus riches d’Amérique latine au début des années 2000, profitant à plein de ses immenses réserves de pétrole, les plus importantes au monde. Grâce à un cours du brut élevé, le régime dirigé alors par Hugo Chavez a financé des programmes sociaux faisant sortir de la pauvreté une part importante de la population. Mais ce cercle vertueux s’est brutalement interrompu un an après la mort de l’emblématique leader vénézuélien, à partir de mi-2014, quand les cours du brut ont commencé à chuter.  

L’économie du pays, basée presque exclusivement sur la rente pétrolière, a plongé et a provoqué de sévères pénuries d’aliments et de médicaments. La pauvreté touche aujourd’hui près de 82% des foyers du pays, selon une enquête universitaire locale citée par Le Monde, et l’inflation atteint des niveaux records (475% en 2016, 1660% en prévision en 2017). "Le pays manque de tout", résume Gaspar Estrada, politologue et directeur exécutif de l’Observatoire Politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (OPALC), à Sciences-Po, interrogé par Europe 1.

  • Le pouvoir accusé de dérive autoritaire

Face à cette crise économique, le président Nicolas Maduro, élu de justesse en 2013 pour succéder à son mentor Hugo Chavez, dont il était le vice-président, a dû faire face à un mécontentement populaire grandissant. Il a même enregistré une défaite électorale historique en décembre 2015, perdant les élections législatives au profit de l’opposition de centre-droit. "Cette élection est un point de bascule, car jamais le chavisme (nom du mouvement politique héritier d'Hugo Chavez, ndlr) n'avait perdu d'élection jusqu'ici", analyse Gaspar Estrada. Depuis ce résultat, le pouvoir en place s’est considérablement raidi, faisant tout pour bloquer le travail des parlementaires, pendant que l’opposition, elle, ne cesse de réclamer le départ du président.

Après une période d’accalmie, la crise politique a redoublé d’intensité, fin mars, avec la décision de la Cour suprême, réputée proche de Maduro, de faire main basse sur les prérogatives du Parlement. Mais face à la vague de protestations dans les rues du pays et au tollé diplomatique, le pouvoir doit faire machine arrière. La colère monte encore d’un cran quand la justice inflige 15 ans d’inéligibilité à Henrique Capriles, une des figures de l’opposition et ancien candidat à la présidentielle en 2013. "Il y a des signaux qui montrent que le pouvoir en place ne veut pas faire vivre la démocratie", juge Gaspar Estrada.

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  • La pression s’accentue sur Maduro

Depuis trois semaines, les manifestations contre Nicolas Maduro font sortir dans les rues du pays des centaines de milliers de personnes. Les premières dissensions sont ainsi apparues dans le camp du président, certaines voix, comme la cheffe du parquet au niveau national, critiquant le raidissement du pouvoir. La communauté internationale, États-Unis et Union européenne en tête, a également accentué la pression sur Maduro, alors que huit personnes ont été tuées, et plus de 500 arrêtés lors des violences en marge des manifestations. "C’est un élément nouveau à prendre en compte, mais qui, je pense, ne fera pas plier le régime", nuance Gaspar Estrada.

Car malgré cette intense pression, le président garde le soutien de l’armée, acteur incontournable de la vie politique du pays. Au sein du gouvernement, onze ministères sur 32 sont ainsi dirigés par des militaires ou d’anciens militaires. "Aujourd’hui, il sera difficile d’obtenir son départ ou des élections anticipées sans le soutien de l’armée", estime Gaspar Estrada. "Mais il y a une vraie urgence économique, les militaires n’y sont pas insensibles. L’élément central, c’est la modification de la position de l’armée. La vraie question c’est : a-t-elle un intérêt à faire tomber Maduro ?", se demande le politologue.