Pourquoi le président des Etats-Unis n’est pas si puissant

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Pourquoi le président des Etats-Unis n’est pas si puissant
Les Américains éliront les membres de la Chambre des représentants et une partie des sénateurs, qui composent le Congrès@ AFP
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Le 8 novembre, les Américains voteront aussi pour élire leurs représentants et sénateurs. De ces résultats dépend la possibilité pour le "Commander in Chief" de mettre en place sa propre politique.


Donald Trump ou Hillary Clinton ? Mardi, les Américains désigneront le prochain président des États-Unis. Ce même 8 novembre, ils éliront les membres de la Chambre des représentants et une partie des sénateurs, qui composent le Congrès. L'enjeu est tout aussi important. Sans majorité dans ces deux chambres le ou la prochain(e) président(e) risque d'être bloqué(e) pour mettre en place sa politique.

Car le Congrès - Sénat et Chambre des représentants - vote le budget et ratifie les traités. Il valide aussi les 500 plus grandes nominations de l'Etat américain dont les ministres et le choix des juges à la Cour suprême, nommés à vie. Et, si le président est bien le chef des armés, il lui faut malgré tout l'accord du Congrès pour entrer en guerre.

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L'exemple Obama. Pour bien gouverner, un président doit donc avoir un Congrès favorable. Mais cela peut dans certains cas ne pas suffire. "Les membres de la Chambre des représentants n'ont pas de discipline de vote", explique François Clemenceau, ancien correspondant d'Europe 1 à Washington et rédacteur en chef étranger du JDD. Des députés de la couleur de la majorité peuvent voter contre un projet, s'ils estiment qu'il ne sert pas l'intérêt de leurs États. "Cela a été le cas lors de la présidence de Barack Obama. Il n'a pas réussi à convaincre certains députés démocrates des régions charbonnières de voter sa réforme sur le climat. Il a cherché des modérés dans chaque camp mais cela n'a pas marché", se souvient le spécialiste politique.  

Le président a également été confronté aux blocages des représentants républicains sur la question de l'immigration ou des armes à feu. Et c'est en partie à cause de ces blocages que Barack Obama a dû amputer son projet de régulation bancaire et édulcorer sa réforme du système de santé.

Les républicains en position de force au Congrès. Aujourd'hui, les deux chambres sont aux mains des républicains. Ils possèdent 246 sièges contre 186 pour le parti démocrate. Et la prochaine élection ne devrait pas rebattre beaucoup les cartes.

Car les découpages de circonscriptions sont faits de telle façon qu'ils favorisent la réélection du représentant en poste ou de son successeur de la même couleur. Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire politique des Etats-Unis a fait le calcul : "Il n'y a que 15 sièges de représentants qui sont vraiment compétitifs." Il faudrait un raz de marée de la part du parti démocrate pour espérer récupérer la majorité dans cette chambre." Cela est d'autant plus complexe qu'il n'est pas rare que des Américains choisissent de voter pour un président démocrate mais élisent des représentants républicains", abonde François Clemenceau.

Au Sénat, la configuration est un peu différente. Les 100 sièges sont renouvelés par tiers tous les ans. Aujourd'hui, ils sont 54 à être occupés par des républicains et 46 par des démocrates. Cette année, 34 postes de sénateurs sont en jeu, parmi lesquels 24 républicains. Pour obtenir la majorité, les démocrates doivent en conquérir cinq de plus que leurs dix sièges en jeu.  "C'est un objectif atteignable, sauf si dans les derniers jours on constate un élan en faveur de Donald Trump", pointe Vincent Michelot.

Ce que peut espérer Hillary Clinton. Si elle est élue le 8 novembre, Hillary Clinton devrait donc en principe composer au mieux avec une Chambre des représentants républicaine, au pire avec une Chambre et un Sénat conservateurs. "Tous les observateurs politiques sont pessimistes sur ce que pourrait être un premier mandat de  Clinton", note le spécialiste de la politique des États-Unis. "Elle ne pourra pas s'appuyer sur une majorité de son propre parti et elle devra faire en sorte d'arriver à travailler avec le parti républicain."

En 1981 et en 1986, Ronald Reagan, qui avait avec lui un Sénat républicain, mais contre lui une Chambre démocrate a réussi à faire passer un certain nombre de grand textes, comme la baisse des impôts. "Mais aujourd'hui le Grand Old Party (les républicains) est beaucoup plus à droite et le parti démocrate un peu plus à gauche. Il est plus difficile d'arriver à un compromis", constate le politologue.

La collaboration des républicains sera conditionnée à la marge de victoire de l'ancienne secrétaire d'Etat mais aussi à l'état du parti républicain. "On ne sait pas ce que va faire  Donald Trump s'il n'est pas élu président et ce qui va advenir du parti républicain", ajoute Vincent Michelot. "On ne peut dire si les républicains seront en position d'obstruction permanente et rendront la vie impossible à Hillary Clinton, comme cela a été le cas avec Barack Obama,  ou s'ils accepteront ses propositions".

Reste que s'ils espèrent redorer leur image auprès des électeurs, l'obstruction systématique ne semble pas la meilleure option. "Ils risquent d'être vus comme le parti du non", étaye le politologue.  "Et Hillary Clinton n'est pas Barack Obama", nuance François Clemenceau.  Elle est plus proche des républicains qu'on ne le croit. Elle nous surprendra sûrement dans sa capacité à négocier." 

La nomination d'un juge. Le premier test devrait intervenir rapidement si l'ancienne First Lady devient la prochaine présidente : le Congrès devra valider la nomination du 9e juge de la cour suprême désigné par le président. Une nomination qui traine depuis des mois à cause du blocage des républicains.