Pourquoi le Niger est-il autant mobilisé contre Charlie Hebdo ?

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Pourquoi le Niger est-il autant mobilisé contre Charlie Hebdo ?
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Les manifestations contre l’hebdomadaire satirique ont provoqué la mort de dix personnes, et 45 églises ont été incendiées.

Le Niger panse ses plaies après les manifestations contre Charlie Hebdo. Comme dans de nombreux pays, de la Tchétchénie à l’Afghanistan en passant par l’Algérie, les protestations contre les caricatures de Mahomet ont été vives. Mais dans cet Etat africain, les violences consécutives aux rassemblements ont fait dix morts, et 45 églises ont été détruites. Le gouvernement a ainsi annoncé un deuil national de trois jours, à compter de lundi, en mémoire des victimes de ces émeutes. Ce pays, un des plus pauvres du monde et avec un taux d’analphabétisme record, connaît de fortes tensions sociales et politiques qui ont conduit à ces violences.

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La présence du président à Paris ne passe pas. Les Nigériens, à 98% de confession musulmane, ont été en grande partie choqués par les caricatures du prophète. Mais une partie des Nigériens n’a

également pas digéré la présence du président de la République, Mahamadou Issoufou, à la Marche républicaine du 11 janvier à Paris. Le chef d’Etat nigérien a en outre lancé "nous sommes tous Charlie" sur les ondes du pays, provoquant de nombreuses critiques dans les mosquées du pays. A Agadez, dans le nord, des manifestants ont scandé "à bas le régime !" et le siège du parti du président était incendié.

Le gouvernement a été obligé de revenir en partie sur ses positions pour calmer la grogne dans le pays. "Le président ne s’est pas rendu en France pour soutenir les caricatures contre le prophète, qui dans l’Islam est un blasphème", a précisé Marou Amadou, ministre de la Justice et Porte Parole du gouvernement du Niger, au micro d’Europe 1.

Une poussée de l’islam radical. Autre facteur qui peut expliquer ces émeutes : la montée d’un islam radical dans le pays. "Le Niger connaît une poussée très importante de l’islam radical, principalement d’inspiration wahhabite comme au Mali voisin. Ces manifestations au Niger, au Sénégal ou au Mali sont davantage l’expression de cette influence plutôt que le fait de groupes djihadistes", explique Mathieu Pellerin, chercheur à l'IFRI et spécialiste du Sahel, sur le site de 20minutes.

La menace djhadiste aux portes du pays. Car le Niger est au carrefour des menaces djihadistes. La Libye, au nord du pays, est un refuge pour plusieurs chefs djihadistes anciennement basés au Mali. La secte Boko Haram a aussi pris le contrôle de plusieurs villages à la frontière du Nigéria et attire des jeunes Nigériens dans ses rangs, comme le rapporte le Monde. Au Mali, un autre voisin, les groupes djihadistes menacent également d’étendre leur emprise sur le Niger. Preuve que la menace est aux portes du pays : plusieurs étendards de Boko Haram ont été aperçus dans les manifestations de Zinder, une ville proche du Nigeria.

Des manifestations instrumentalisées ? Le gouvernement pointe lui "l’instrumentalisation des manifestations". "Ce sont des jeunes qui n’ont rien à voir avec ça, ils n’étaient
Niger 640

© BOUREIMA HAMA / AFP

même pas au courant de cette question des caricatures", assure Marou Amadou, le porte-parole du gouvernement. " "Trois jours avant les manifs, les chrétiens de Zinder avaient déjà eu des informations indiquant qu'ils allaient être visés. En jean taille-basse et tee-shirts moulants, les manifestants n'avaient pas vraiment des têtes d'islamistes...", explique sous anonymat une source locale.

L’opposition dément tout rôle. Dimanche, des heurts ont eu lieu à Niamey, la capitale, lors d’une manifestation de 300 opposants qui avait été interdite au préalable. Ce qui a fait dire au ministre de l’Intérieur nigérien que "des opposants " sont au cœur de la flambée de violences qui a secoué le pays. Mais le principal parti d’opposition le MNSD, récuse ces accusations. "Il fallait simplement nous laisser manifester dans le calme", a expliqué un porte-parole de l’opposition. Les  prochaines élections présidentielles, en 2016, s’annoncent extrêmement tendues.

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