"Personne n’aurait dû entrer dans la suite"

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"Personne n’aurait dû entrer dans la suite"
Que Dominique Strauss-Kahn ait agressé ou pas une femme de ménage, une évidence s'impose : une personnalité occupant de telles fonctions aurait dû être protégée.@ REUTERS
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Un ancien cadre des services de protection des hautes personnalités décrypte l’affaire DSK.

L’affaire d’agression présumée de Dominique Strauss-Kahn à l’encontre d’une femme de ménage du Sofitel de New-York recèle encore de nombreuses interrogations. Parmi celles-ci : comment une femme de ménage a-t-elle pu s’introduire dans sa chambre alors qu’il s’y trouvait ? Pourquoi n’était-il pas protégé ?

Eric Stemmelen, commissaire divisionnaire récemment retraité, a été affecté pendant sept ans au service des voyages officiels et de la sécurité des hautes personnalités (SPHP). Cet expert de la protection de personnalité décrypte cette affaire pour Europe1.fr.

Europe1.fr : Un individu aussi important que DSK est-il protégé par des gardes du corps ?

Eric Stemmelen : Une personnalité comme un chef d’Etat ou son équivalent, comme l’est le patron du Fond Monétaire International (FMI), doit disposer d’une protection rapprochée 24 heures sur 24. Vie professionnelle ou vie privée, c’est pareil.

E1fr : Quel dispositif de protection le FMI avait-il mis en place ?

E.S. : Il s’agit d’un dispositif assez léger, qui n’entre en fonction que lors des visites officielles. Le reste du temps, il ne bénéficie d’une protection qu’à Washington et pas pour sa vie privée. Je pense qu’ils sont six ou sept, sans compter les chauffeurs. Le président du Conseil de l’Union Européenne dispose, à titre de comparaison, d’une quinzaine de personnes.

E1fr : Est-ce normal pour une personne exerçant de telles fonctions ?

E.S. : Aussi fou que cela puisse paraître pour une personnalité connue mondialement, il n’avait pas de garde du corps et c’était la norme. Je pense que c’est une erreur et il doit être en train de s’en mordre les doigts. Normalement, personne n’aurait dû entrer dans cette chambre d’hôtel.

E1fr : S’il avait été protégé, rien de tout cela ne serait arrivé selon vous ?

E.S. : Il y aurait eu un agent à proximité, un officier de sécurité aurait contrôlé l’accès à la chambre ou à l’étage et serait intervenu au moindre bruit. Quand au téléphone portable oublié, c’est son travail de le récupérer. Cela paraît un peu bizarre d’appeler un hôtel pour lui demander un téléphone portable rempli de numéros sensibles. On peut donc affirmer que DSK était seul ce jour-là.

E1fr : Et concernant ses derniers passages en France, était-il protégé ?

E.S. : Il n’a personne depuis huit ans. Quand il se déplace en France, à titre officiel ou officieux, il n’a aucun agent français à sa disposition. Il aurait pu avoir une protection, encore faut-il la demander. Or il n’a fait aucune demande et, à priori, il n’y avait personne du FMI lors de ses passages en France.