Ouverture à Munich d'un des derniers procès du nazisme

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Ouverture à Munich d'un des derniers procès du nazisme
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Le procès de John Demjanjuk, 89 ans, accusé d'être un des derniers grands criminels nazis encore en vie, s'est ouvert lundi à Munich.

John Demjanjuk, accusé d'être un ancien garde de camp de concentration responsable de l'extermination de Juifs pendant la seconde guerre mondiale, a été amené sur une civière à la reprise de son procès lundi après-midi à Munich. Recouvert des pieds à la tête par une couverture blanche, l'accusé, âgé de 89 ans, a agité un bras pendant que des experts médicaux témoignaient qu'il était apte à être jugé pour son rôle présumé d'ancien garde au camp de Sobibor, en Pologne.

Le juge a suspendu la séance au bout de 20 minutes, un responsable du tribunal affirmant que l'accusé souffrait de maux de tête. Une demi heure plus tard, il est revenu, toujours allongé sur sa civière, mais le visage cette fois à découvert pour la reprise du procès.

Cet apatride d'origine ukrainienne risque la perpétuité si la cour d'assises de Munich, dans le sud de l'Allemagne, décide qu'il a bien été garde pendant six mois en 1943 dans le camp d'extermination de Sobibor, aujourd'hui en Pologne. Durant cette période quelque 27.900 juifs, notamment néerlandais, ont été gazés. Selon l'accusation il a forcément participé à cette extermination.

Demjanjuk, lui, nie avoir servi à Sobibor.A l'issue d'une longue bataille judiciaire,il avait été expulsé en mai des Etats-Unis où il vivait depuis 1952. Il invoquait notamment son mauvais état de santé. Mais les justices américaine et allemande l'ont estimé apte à être jugé. Son fils John Jr a toutefois assuré que son père allait en mourir. "On le précipite vers la mort", a-t-il affirmé, soulignant que nombre d'Allemands qui furent gardiens dans les camps nazis n'ont jamais été jugés.

Une trentaine des rescapés de l'Holocauste ou de leurs descendants sont parties civiles dans ce procès. Mais aucun n'a vu Demjanjuk à Sobibor et les seuls témoignages directs sont des déclarations écrites de témoins aujourd'hui décédés. L'accusation veut donc tenter d'obtenir une reconnaissance de culpabilité par seule association : Demjanjuk a été garde durant près de six mois en 1943 à Sobibor, période au cours de laquelle 27.900 juifs ont été gazés, il a donc participé à cette extermination.

Demjanjuk avait été condamné à mort en 1988 en Israël pour avoir été gardien au camp de Treblinka sous le sobriquet d'Ivan le Terrible. Mais il a ensuite été acquitté en raison de doutes sur son identité. L'accusation affirme cette fois être sûre de son fait. Elle détient une carte d'identité établie par les SS au nom de Demjanjuk, faisant état de son transfert depuis Trawniki, où étaient formés des gardiens de camp de concentration, à Sobibor. L'homme jeune au visage rond qui y figure en photo ressemble très fortement à l'accusé, mais ses avocats assurent que le document est un faux de l'époque soviétique, ce qu'ont démenti des analyses officielles américaines.