Oui, on peut acheter de l’ours polaire

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Oui, on peut acheter de l’ours polaire
@ REUTERS
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L’icône des banquises n’est pas protégée par la Convention sur le commerce des espèces menacées.

Si tout le monde reconnaît que l'ours blanc est avant tout victime du réchauffement climatique, la polémique est vive sur la menace supplémentaire que représente, selon certains, la vente de sa peau, ses os, ses dents. Les pays membres de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites) viennent, en effet, de refuser d'interdire le commerce planétaire de l'ours polaire jeudi, à l'issue d'un débat passionné autour de cette icône fragilisée par la fonte de la banquise.

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Des règles strictes mais pas d’interdiction. Le plus gros carnivore terrestre est inscrit à l'Annexe II de la Cites, qui implique une stricte régulation du commerce international mais ne l'interdit pas. Les Etats-Unis, qui partagent avec le Canada, la Russie, le Danemark (Groenland) et la Norvège une population de 20.000 à 25.000 individus, réclamaient son inscription à l'annexe I, qui aurait conduit à une stricte interdiction.

Un air de déjà-vu. Mais leur proposition, qui nécessitait une majorité des deux-tiers, a été rejetée par 42 voix contre, 38 pour et 46 abstentions sur les 126 pays ayant pris part à ce vote. L'histoire se répète donc pour l'animal, objet d'une demande déjà repoussée lors de la dernière conférence de la Cites en 2010, et remise sur la table car "les ours polaires sont menacés d'extinction", selon les Américains.

800 ours blancs tués chaque année."L'ours polaire fait face à un avenir sinistre et aujourd'hui a apporté son lot supplémentaire de mauvaises nouvelles", a regretté Dan Ashe, directeur du service américain de la pêche et de la vie sauvage, alors que l'animal pourrait subir un déclin des deux tiers de sa population d'ici 2050. Selon les chiffres d'experts cités par les Etats-Unis, environ la moitié des 800 ours blancs tués chaque année alimentent le marché international.

ours blanc

© MAXPPP

Les ONG partagées. Ni le secrétariat de la Cites, ni certaines organisations majeures comme Traffic et le Fonds mondial pour la nature (WWF), n'ont soutenu le texte américain. "La diminution de l'habitat lié au réchauffement climatique, et non pas le commerce international, est le premier moteur du déclin anticipé de la population", a insisté WWF.

Ne pas céder à l’émotion. Le Canada, qui accueille le plus grand nombre d'ours polaires dans le monde et demeure le seul pays à en exporter, s'y opposait lui aussi farouchement. "L'ours polaire suscite beaucoup d'émotion, c'est un symbole iconique de l'Artique", a reconnu son représentant, Basile Van Havre. "Le Canada (...) est engagé envers la protection de l'espèce mais cela ne veut pas dire que l'émotion doit guider" des décisions contraires à la science.

Un commerce essentiel pour les Inuits. Au coeur de la logique canadienne se trouvent les Inuits, minorité autochtone qui vit notamment dans le grand nord du pays, et dont plusieurs représentants avaient fait le déplacement. Une interdiction "affectera la durabilité de nos communautés pour les générations à venir", a ainsi déclaré Tagak Curley, élu de l'assemblée du territoire du Nunavut, avant le vote.

Depuis 40 ans, grâce à une gestion "moderne" de l'espèce, le nombre d'ours polaires a doublé au Canada, a-t-il insisté en soulignant la "relation unique" entre son peuple et l'animal. La chasse de subsistance et le commerce intra-canadien n'étaient pas concernés par la proposition américaine. Mais les exportations "aident les chasseurs à subvenir aux besoins de leurs familles", a expliqué de son côté Patricia D'Souza, de l'organisation Inuit Tapiriit Kanatami, qui s'inquiète notamment de ne plus pouvoir vendre aux touristes ou exporter un art très réputé, en dents ou os d'ours.