Otages : une euphorie "de façade" ?

Hervé Ghesquière et Stépahne Taponier sont apparus souriants à leur descente d'avion, jeudi matin, à Villacoublay.
Hervé Ghesquière et Stépahne Taponier sont apparus souriants à leur descente d'avion, jeudi matin, à Villacoublay. © Reuters
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Les proches des deux ex-otages ne doivent pas se fier à leurs mines joviales, prévient un psychiatre.

La difficulté d’être séparés, la privation de liberté et une nourriture peu abondante… Captifs durant 18 mois, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ont vécu dans des conditions particulièrement difficiles, mais sont apparus souriants et visiblement décontractés.

Après leur arrivée sur le tarmac de Villacoublay, vers 8h ce matin, les deux reporters ont passé à une visite médicale au Val-de-Grâce, avant de gagner les locaux de France Télévisions, où le personnel de la "maison" les attendaient dans une ambiance euphorique.

Parler pour exorciser

Mais si la bonne humeur des ex-otages peut étonner, cette réaction est loin d’être singulière. Ainsi, témoigne sur Europe 1 Ronan Orio, responsable des urgences psychiatriques à l'hôpital d’Antibes, "beaucoup d’otages" se retrouvent dans ce cas de figure. On les retrouve, dit-il, "dans un état second de volubilité et puis d’agitation, mais qui est tout à fait normal en sortant de ce genre de situation".

En outre, d’après le Dr Ronan Orio, le débit de parole et l’enthousiasme d’Hervé Ghesquière et de Stéphane Taponier figurent parmi les autres "contrecoups" de la captivité. "Ils ont quand même été privés pendant un an et demi de communiquer avec qui que ce soit, donc on peut comprendre que pour eux ce soit extrêmement sympathique de pouvoir parler, parler, sans cesse", livre le psychiatre.

Une bonne humeur "de façade"

Malgré tout, poursuit Ronan Orio, les apparences sont souvent trompeuses. Les ex-otages ont eu "une non-vie" durant leur captivité, "et pendant ce temps leur famille a vécu autre chose", ce qui les a coupés de la réalité.

Ainsi, les ex-otages, qui ont vécu des mois de solitude extrême, doivent maintenant affronter ce retour aux sources, et le contact avec l’extérieur. "Ils ont bien été dans un no man’s land psychologique pendant un an et demi", même "s’ils ne veulent plus être d’anciens otages", décrit ainsi le thérapeute.

"Ce genre de présentation à l’aéroport où on dit ’tout va bien, nos preneurs d’otages étaient quasiment sympathiques' ou autre", revient à "nier la souffrance et la douleur", indique le Dr Ronan Orio. "Il faut que les proches comprennent que c’est sans doute que de la façade. On pense que tout est merveilleux parce qu’on est libéré", développe-t-il.

"On ne saura jamais tout"

Car les questions sont légion autour des circonstances-même de la détention des deux journalistes. "On ne saura jamais tout, et heureusement", explique le psychiatre. Il y a des choses, des humiliations parfois, "qui sont à la fois impossibles à raconter et qui, à la limite, ne peuvent pas être comprises par les proches, pas plus par les thérapeutes".

Reste aux thérapeutes qui prendront en charge les deux ex-otages à "trouver les bons mot" pour les aider à vivre après une expérience "hors-norme".