Obama propulse-t-il Clinton pour 2016 ?

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Obama propulse-t-il Clinton pour 2016 ?
@ Capture CBS News
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DECRYPTAGE - La secrétaire d'Etat a donné une interview en compagnie du président américain.

Elle quitte son poste. Après s'être déplacée dans pas moins de 112 pays, un record en tant que secrétaire d'Etat, Hillary Clinton a décidé de faire une pause dans sa vie publique. Elle va laisser sa place au sénateur démocrate, John Kerry qui doit lui succéder à la tête de la Diplomatie américaine après validation mardi du Sénat. Avant son départ, la femme de l'ancien président américain s'est prêtée au jeu de l'interview croisée dimanche soir sur CBS en compagnie de l'actuel locataire de la Maison-Blanche. Un passage de relais ? Décryptage de cet entretien avec Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis.

Une interview à la Maison-Blanche. Deux fauteuils l'un à côté de l'autre au sein même de l'épicentre du pouvoir : la Maison-Blanche. Le premier occupant n'est autre que le président des Etats-Unis, Barack Obama. Le second est la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. "C'est très improbable. Je ne pensais pas faire cette interview un jour", lance d'emblée le journaliste à ses deux invités, très souriants.

"Pour Obama, c'est normal. Les journalistes se déplacent à la Maison-Blanche sauf pour des shows télévisés très spécifiques, comme celui de David Letterman. En revanche, Hillary Clinton est normalement habituée à aller sur les plateaux le dimanche. Mais c'est Obama lui-même qui est à l'initiative de cet entretien", décrypte Nicole Bacharan pour Europe1.fr. 60 Minutes est une "institution" aux Etats-Unis. "C'est vieux comme le monde et c'est l'équivalent du 20 heures", précise cette spécialiste des Etats-Unis.

Hillary Clinton était déjà apparue avec son mari dans ce show en 1992 :

Les tenues. Barack Obama est apparu dans un costume sobre, cravate mauve, et la femme de l'ancien président démocrate dans un tailleur rose et des lunettes à grosse monture noire supportant d'épais verres carrés qui, depuis plusieurs jours, intriguaient certains médias américains. Un blog américain s'est même amusé vendredi à commenter une série de photos d'Hillary Clinton ajustant à maintes reprises ses lunettes lors de son audition fleuve mercredi devant le Congrès sur l'attentat de Benghazi. "J'ai beaucoup d'empathie lorsque je lis un article sur un athlète ou un de nos soldats qui a eu une lésion cérébrale", a-t-elle lancé en allusion aux séquelles de sa récente commotion cérébrale et de sa thrombose qui l'obligent à ne plus mettre ses lentilles. "Les médecins m'ont dit que tout cela allait s'estomper. Et ainsi, j'ai hâte d'être à plein régime", a-t-elle assuré visiblement déjà bien requinquée.

Tous les deux "avaient une classe folle", détaille Nicolas Bacharan, pour qui les deux dirigeants "se sont montrés très professionnels" et même temps, "ils projettent une image très télégénique de leur de leur pays".

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© Reuters

L'amitié d'Obama. Sur le fond des dossiers, rien de nouveau. L'interview s'est résumée en un concert de louanges de la part de Barack Obama : une grande "professionnelle", une amitié "solide", "chaleureuse" et "très étroite", qui restera parmi "les meilleurs secrétaires d'Etat que nous ayons eus".

"Il y a un côté people qui fascine les gens", concède Nicole Bacharan pour qui le message est le suivant : "ils ont été adversaires en 2008 (lors de la primaire démocrate) et ont pourtant si bien travaillé ensemble", précise-t-elle. "C'est une marque d'élégance, de fair-play républicain du président américain qui ne pouvait pas la saluer en lui serrant la main à son bureau", analyse cette spécialiste des Etats-Unis. "Elle s'est vraiment tuée à la tâche, selon ses proches. Elle a été partout, tout le temps. Elle a peu dormi et a passé son temps dans l'avion", raconte la spécialiste des Etats-Unis. Finalement, "Obama a voulu dire : 'vous voyez, je fais les bons choix. Je prends les meilleurs et l'équipe marche'", ajoute-t-elle.

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© Reuters

La loyauté de Clinton. A 65 ans, Hillary Clinton n'a pas donné d'indications claires sur ses futures intentions. Cette as de la politique répète depuis des mois qu'elle veut "reprendre une vie privée" mais s'est montrée bien moins convaincue que sur ABC en décembre. "Je suis encore secrétaire d'Etat, je suis donc en dehors de la politique et je n'ai même pas le droit d'entendre ces questions" sur la prochaine présidentielle américaine, a-t-elle affirmé dans l'émission. Mais "le président et moi, nous nous préoccupons énormément de l'avenir de notre pays et je ne pense pas que, ni lui ni moi, nous puissions faire des prédictions sur ce qui va se passer demain ou l'année prochaine", a poursuivi la femme de Bill Clinton. Lors de l'interview, elle s'est montrée en retrait en signe de sa "loyauté" avec l'équipe actuelle, comme elle l'a fait durant son mandat en ne creusant pas sa "ligne" personnelle.

Reste à savoir ce que cette bête de la politique compte faire dans les années à venir. "Elle devra se retrouver un rôle dans les quatre années à venir. Mais elle reste la femme la plus populaire des Etats-Unis. Il est peu probable qu'elle n'en fasse rien. Il y a une vraie possibilité pour qu'elle se présente mais c'est trop tôt pour le dire et tout cela reste très incertain", affirme Nicole Bacharan pour qui le destin de la femme de Bill Clinton est hors du commun : "C'est une exception dans la politique américaine. C'est presque la royauté ! ", ajoute-t-elle.

Dianne Feinstein

© Reuters

Un écho aux Etats-Unis. Le "tout-Washington" souhaite qu'elle se présente. Et les voix s'élèvent déjà pour la soutenir. L'une des femmes les plus en vue du Parti démocrate, la sénatrice de Californie Dianne Feinstein, a encouragé Hillary Clinton dimanche à se présenter à l'investiture démocrate pour tenter de devenir la première femme présidente des Etats-Unis en 2016. "Je suis fan", a déclaré Dianne Feinstein lors d'une émission sur CNN. "J'adorerais qu'elle se présente" avant d'ajouter : "elle affiche un bilan incroyable. Sa popularité est énorme. Elle a une connaissance totale de tous les dossiers. Elle a été au Sénat. Elle a été première dame", s'est enthousiasmé la sénatrice.

Reste à savoir si Joe Biden, le vice-président, dont certains observateurs assurent qu'il va se présenter, ne lui volera pas la vedette. Mais la question n'est pas à l'ordre du jour, a mis au clair Barack Obama : "vous les gars de la presse, êtes incorrigibles. J'ai été investi il y a quatre jours. Et vous parlez des élections pour dans quatre ans."