Nouvel assassinat politique en Tunisie

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Nouvel assassinat politique en Tunisie
L'opposant Mohamed Brahmi a été abattu par balles par deux hommes à moto devant chez lui jeudi à Tunis.@ REUTERS
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Mohamed Brahmi, figure de l'opposition à Tunis, a été tué par 11 balles à bout portant.

L'info. Les meurtres politiques se multiplient en Tunisie. "Allah Akbar (Dieu est grand), Mohamed Brahmi a été tué. Son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants", s'est désolé jeudi Mohsen Nabti, membre du  bureau politique du Mouvement populaire, un petit parti d'opposition tunisien dont Brahmi était le chef. Des milliers de personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur à l'annonce de sa mort. Dans la foulée, des bureaux du parti islamiste au pouvoir Ennahda ont été incendiés à Sidi Bouzid, dans le centre du pays.

 

Mohamed Brahmi, Tunisie, YOUTUBE
11 balles à bout portant. Selon des témoins, il a été abattu par deux hommes à moto devant chez lui alors qu'il descendait de voiture. La télévision Watanya a précisé que Mohamed Brahmi avait été abattu par onze balles tirées à bout portant par des inconnus. "J'accuse Ennahda, ce sont eux qui l'ont tué", a déclaré, en pleurs, la sœur de la victime, Chhiba Brahmi, ajoutant : "notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd", l'opposant abattu devant chez lui en février.

Des locaux d'Ennahda incendiés. A Sidi Bouzid, des bureaux d'Ennahda ont été incendiés par des manifestants en colère, qui avaient auparavant bloqué plusieurs artères de la ville. A Tunis aussi, des dizaines de personnes se sont rassemblés pour dénoncer cet assassinat. "La Tunisie est libre, les frères dégagent", ont-ils scandé, en référence au lien d'Ennahda avec la confrérie des Frères musulmans en Égypte. "Ghannouchi assassin", "Ennahda doit tomber aujourd'hui", "l'Assemblée constituante doit être dissoute", ont crié les manifestants en colère qui ont commencé à se rassembler sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis aussitôt la nouvelle de l'assassinat connue.

L'appel au calme du Premier ministre. Ali Larayedh, le chef du gouvernement, islamiste, a dénoncé "de la manière la plus ferme ce crime odieux qui vise au delà l'ensemble de la Tunisie et sa sécurité". Le Premier ministre a aussi dénoncé sévèrement les appels à la désobéissance civile et invité les Tunisiens au calme.

Tunisie, après la mort de l'opposant Mohamed Brahmi

© MAXPPP

Critique envers les islamistes. Élu à l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mohamed Brahmi, âgé de 58 ans, était fondateur et ancien secrétaire général du Mouvement du peuple (Echaâb). Cet homme très critique des islamistes au pouvoir avait démissionné le 7 juillet de son poste de secrétaire général du Mouvement populaire en déclarant que sa formation nationaliste de gauche avait été infiltrée par les islamistes. 

Hollande condamne l'assassinat. Le président François Hollande a "condamné" jeudi "avec la plus grande fermeté l'assassinat" du député. "Ma première réaction c'est l'effroi pour cet assassinat qui touche un démocrate qui s'engageait pour l'avenir de son pays", a déclaré le président de la République. "Ceux qui ont commis cet acte odieux veulent atteindre la Tunisie dans son ensemble" et la France dans ces circonstances "doit être aux côtés du peuple tunisien", a-t-il ajouté. Les États-Unis ont de leur côté "vigoureusement" condamné cet assassinat, évoquant un acte "scandaleux et lâche".

Un autre meurtre en février. Le 6 février dernier, Chokri Belaïd, l'un des responsables de l'opposition laïque, avait été abattu devant son domicile dans la capitale tunisienne, probablement par un membre d'un groupe salafiste radical, selon la police. Le meurtre de Belaïd avait provoqué une grave crise politique dans le pays.

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