Norvège : l’enfer du massacre en 46 SMS

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Norvège : l’enfer du massacre en 46 SMS
@ REUTERS
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Une discussion entre une mère et sa fille cachée sur l'île d'Utoya bouleverse le pays.

"Maman, dis à la police de se dépêcher. Les gens meurent ici!". Voilà le premier texto reçue par Marianne Bremnes de sa fille, Julie, présente sur l'île d'Utoeya, au moment de la tuerie. Comme des centaines d’autres jeunes, la jeune fille, âgée de 16 ans, participait au rassemblement de l’université d’été des jeunes du Parti travailliste norvégien. Le journal norvégien Verdens Gang a publié mercredi des extraits de la conversation par SMS entre la fille et sa mère.

"Dis à la police qu'il y a un fou qui tire sur les gens"

Peu après 17h, après avoir entendu les premiers coups de feux, Julie Bremnes se réfugie avec des amis derrière des rochers pour se cacher. L’adolescente a alors le réflexe d’envoyer un texto à sa mère pour lui décrire ce qui se passe sur l’île et pour lui demander de prévenir la police. "Je m'en occupe, Julie. La police est en route. Oses-tu m'appeler?" lui demande sa mère. "Non", lui répond la fille. "Dis à la police qu'il y a un fou qui se déplace et tire sur les gens".

"L'homme qui tire a visiblement un uniforme de police"

Pendant plus d’une heure, mère et fille vont s’échanger près de 46 textos. La jeune fille racontant avec un détail saisissant ce qu’elle voit et ce qu’elle entend sur l'île d'Utoya, la mère tentant de la rassurer à distance. "Restez cachés, n'allez nulle part! La police est déjà en route, s'ils ne sont pas déjà là!" lui assure t-elle. Peu après 18h, Julie envoie: "La police est ici" mais sa mère la met en garde : "L'homme qui tire a visiblement un uniforme de police. Fais attention".

De cet échange, il ressort que les victimes d'Utoeya ont cru que les hélicoptères qui survolaient l'île étaient de la police, alors que c'était ceux de médias norvégiens.

Voici les principaux extraits de la discussion, publiée par le journal norvégien Verdens Gang.

La mère: "La police est au courant et ils ont eu beaucoup d'appels. Ca va aller, Julie. La police nous appelle là. Donne-nous un signe de vie toutes les 5 minutes, please?"

Julie: "Ok"

J.: "Nous avons peur de mourir!"

M.: "Je sais bien ma chérie. Restez cachés, n'allez nulle part! La police est déjà en route, s'ils ne sont pas déjà là! Vois tu des blessés ou des morts?"

J.: "Nous nous cachons dans des rochers le long du rivage"

(...)

J.: "Je ne panique pas, même si je suis morte de peur"

M.: "Je sais, ma chérie. Nous sommes terriblement fiers de toi aussi. Entends-tu encore des coups de feu?"

J.: "Non"

(...)

Peu après 18H15:

J.: "La police est ici"

M.: "L'homme qui tire a visiblement un uniforme de police. Fais attention! Que se passe-t-il maintenant?"

18H30 J.: "On ne sait pas"

M.: "Peux tu parler maintenant?"

J.: "Non"

J.: "Il tire toujours!"

M.: "C'est partout dans les médias nationaux maintenant, toute l'attention est sur Utoeya. Fais attention. Si c'est possible, rends toi sur la terre ferme et reste avec grand-père.

J.: "Je suis toujours en vie"

(...)

J.: "On entend toujours tirer, donc nous n'avons pas osé sortir"

M.: "Bien! Ils sont en train d'évacuer là, selon la télévision"

J.: "On espère que quelqu'un va venir vite. Ils ne peuvent pas l'arrêter bientôt ?!!"

M.: "La police antiterroriste est là, et ils essaient de l'arrêter"

J.: "OK"

(...)

M.: "Coucou, es-tu là?"

J.: "Oui. Les hélicoptères tournent autour de nous"

M.: "Alors ils vous ont vus au moins?"

J.: "Ils cherchent des gens dans l'eau, ils ne viennent pas encore nous chercher!"

19H01, J.: "Que disent les nouvelles?

M.: "La police est aussi en route en bateau vers Utoeya. Ce n'est pas clair pour le tireur, donc restez calmes. Attendez que quelqu'un vienne vous chercher".

M. "Ca y est ils l'ont arrêté!"