Naufrage de Lampedusa : plus de 130 morts

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Naufrage de Lampedusa : plus de 130 morts
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L'ESSENTIEL - Le navire clandestin qui a coulé transportait autour de 500 personnes. Les recherches se poursuivent.

LE BILAN. Lampedusa vit un nouveau drame de l'immigration. Plus de 130 migrants originaires de la Corne de l'Afrique sont morts jeudi dans le naufrage d'un bateau qui allait vers l'île italienne de Lampedusa, selon un nouveau bilan provisoire d'une des pires tragédies de l'immigration des dernières années. Selon les autorités, le navire parti de Libye transportait 450 à 500 migrants et seulement 150 environ ont été sauvés, ce qui laisse craindre un bilan final d'environ 300 morts. "C'était tragique de voir les corps des enfants", a indiqué à l'antenne de la télévision Sky TG24 Pietro Bartolo, un responsable sanitaire de l'île, très ému, en indiquant que Lampedusa "n'a pas assez de cercueils" et a dû en faire acheminer par avion.

Des Somaliens et Erythréens partis de Libye. Le Premier ministre Enrico Letta a convoqué un conseil des ministres en fin d'après-midi pour  proclamer un "deuil national pour vendredi". Son vice-Premier ministre Angelino Alfano, dépêché sur place, a auparavant donné des précisions sur les circonstances du drame. Les migrants, en majorité des Somaliens et Erythréens, étaient partis des côtes libyennes. L'accident s'est produit "à 0,3 mile nautique (550 mètres)" de la côte, a-t-il dit. Leur bateau de pêche a commencé à prendre l'eau et "de peur qu'il ne coule, les migrants ont enflammé une couverture (pour attirer l'attention, ndlr), mais cela a provoqué un incendie puis le navire a chaviré", selon Angelino Alfano.

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© MAXPPP


"Un océan de têtes". Un pêcheur, Rafaele Colapinto, a expliqué sur Sky TG24 être venu en aide à des migrants: "On a vu un océan de têtes, on a mis une demi-heure pour embarquer chacun d'entre eux car ils étaient glissants à cause du gasoil". "C'est une horreur, une horreur; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps", a déclaré en pleurs la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini.  Sur le port s'alignent des dépouilles, enveloppées dans des sacs mortuaires verts. Faute de place, elles sont ensuite transportées dans un hangar de l'aéroport.

Europe ou Italie : qui est responsable ? "C'est un drame européen, pas seulement italien", a expliqué le vice-Premier ministre, en demandant notamment que l'Italie où ont afflué 25.000 migrants cette année (trois fois plus qu'en 2012), puisse étendre ses patrouilles "au-delà de ses eaux territoriales". Mais, selon un expert membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le laxisme dont l'Italie fait preuve dans le contrôle de ses frontières encourage les migrants à tenter leur chance et est indirectement à l'origine de drames. Ce mercredi avant le drame, un projet de résolution de l'Assemblée, très sévère envers l'Italie, a d'ailleurs été adopté en commission à Strasbourg. "C'est une nouvelle tragédie que l'on aurait pu éviter", affirme Christopher Chope, rapporteur du texte.

Une "honte" pour le pape. Le président italien Giorgio Napolitano a lui aussi demandé à la communauté internationale et "en particulier l'Europe de stopper le trafic criminel d'êtres humains en coopération avec les pays de provenance" et a jugé "indispensable la surveillance des côtes d'où partent ces voyages du désespoir et de la mort".
Le pape qui s'était rendu pour son tout premier voyage hors de Rome à Lampedusa début juillet a parlé de "honte" face aux "nombreuses victimes de cet énième naufrage".
Le chef du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés Antonio Guterres, "bouleversé", a déploré "la montée du phénomène des migrants et réfugiés qui fuient les conflits et périssent en mer".

Une tragédie sans fin. Sur son site Internet, La Stampa rappelle les naufrages précédents dans une frise interactive. Une rapide recherche dans les archives d'Europe1.fr (voir plus bas) permet également de saisir la fréquence des naufrages de migrants aux abords de cette île italienne nichée au milieu de la mer Méditerranée, à la croisée des chemins entre l'Italie, Malte, la Tunisie et la Libye. C'est l'un des deux principaux points d'entrée à l'Europe pour les migrants africains, avec la ville espagnole de Melilla.



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Nos principaux articles sur Lampedusa ces deux dernières années :

28 août : 200 immigrés secourus
30 mars : 2 immigrés meurent d'hypothermie
3 novembre 2012 : Naufrage d'un navire de migrants
19 août 2012 : Plus de 350 migrants secourus
4 mars 2012 : 103 migrants sauvés par un chalutier
 04 août 2011 : Une centaine de morts jetés à la mer
11 juin 2011 : 700 migrants libyens à Lampedusa
8 mai 2011 : 500 réfugiés secourus
 7 avril 2011 : Mort avant d'arriver à Lampedusa
7 avril 2011 : "On laisse les gens se noyer"
6 avril : 250 migrants disparus en mer