Mort du procureur Nisman : l'affaire qui secoue l’Argentine

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Mort du procureur Nisman : l'affaire qui secoue l’Argentine
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La mort mystérieuse d’un procureur qui enquêtait contre la présidente Cristina Kirchner a ébranlé le pays sud-américain.

L’Argentine se passionne pour une affaire politico-judiciaire bien mystérieuse. Tout a commencé lundi dernier, quand un magistrat qui enquêtait sur la présidente du pays, Cristina Kirchner, a été retrouvé mort à son domicile. Mais le décès brutal d’Alberto Nisman, d’une balle dans la tête, a surpris. En effet, sa mort est survenue à quelques heures d’une audition par le Congrès argentin, à propos de ses investigations. L’autopsie a conclu à un suicide, mais de nombreux Argentins restent perplexes et ne croient pas à cette thèse.

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Alberto Nisman.

© AFP

La mort mystérieuse du procureur. Le procureur Alberto Nisman s’est-il donné la mort, a-t-il été contraint au suicide ou assassiné ? Les avis divergent. L'autopsie a exclu toute participation d'un tiers, mais aucun résidu de poudre n'a été retrouvé sur les doigts de sa main droite, avec laquelle il se serait tiré une balle dans la tête. Or, un tir d'arme à feu entraîne un dépôt de minuscules particules de poudre sur la main qui tient l'arme.

Mais un éventuel meurtrier aurait-il pu s'enfuir du luxueux appartement où le magistrat a été retrouvé mort ? Le serrurier, qui a permis aux policiers de pénétrer dans l'appartement, a révélé mercredi que la porte de service n'était pas verrouillée de l'intérieur. La révélation de l'existence d'une troisième porte donnant sur l'extérieur, un réduit également accessible depuis l'appartement voisin, a ajouté à la confusion. L’ex-épouse du juge s’est en tout cas constituée partie civile et a affirmé ne pas croire au suicide.

Cristina Kirchner.

© AFP

Une enquête sensible impliquant l’Iran. De nombreux Argentins ne comprennent pas pourquoi le magistrat se serait suicidé alors qu’il allait porter de lourdes accusations contre le gouvernement. En effet, Alberto Nisman devait être entendu par le Congrès à propos d’une affaire impliquant la présidente, Cristina Kirchner. Le magistrat enquêtait sur l’attentat de  la mutuelle juive AMIA en 1994, qui a provoqué la mort de 85 personnes. La piste qui mène à l’Iran est privilégiée par la justice argentine. Des mandats d’arrêts internationaux ont même été délivrés contre plusieurs dignitaires iraniens, sans succès. Car depuis 20 ans, les investigations patinent. Et les familles des victimes attendent toujours la tenue d’un procès.

Quel rôle est soupçonné d’avoir joué la présidente ? D’après Alberto Nisman, la lenteur de la justice a trouvé son origine dans les plus hautes sphères du pouvoir. Le procureur a ainsi demandé le 14 janvier l’ouverture d’une enquête contre la présidente Cristina Kirchner et son ministre des Affaires Etrangères. Le magistrat les suspectait d’entrave aux investigations sur cet attentat, afin de protéger l’Iran, un important partenaire commercial de l’Argentine.

Mardi, la Cour suprême a décidé de rendre publique l'accusation écrite du procureur et ordonné la mise en ligne du dossier de 300 pages sur un portail d'information du ministère de la Justice. Dans cet écrit, Alberto Nisman assure que Cristina Kirchner "a émis une directive" afin de  mettre sur pied un "plan" pour garantir une impunité aux Iraniens dont la justice argentine réclame l'extradition. Mais la présidente actuelle n’est pas la seule à être accusée d’ingérence dans cette affaire judiciaire. L’ancien président Carlos Menem doit être jugé pour entrave à la justice dans cette même enquête, mais aucune date de procès n’a encore été fixé.

yosoynisman

© AFP

Cristina Kircher évoque un suicide, puis se ravise. Face à l’ampleur de l’affaire, la présidente argentine a été obligée de s’expliquer. Cristina Kircher a d'abord été la première responsable à évoquer un "suicide", mardi. Pourtant, jeudi, à la surprise générale, la présidente a affirmé ne pas croire au suicide. Cristina Kircher a laissé entendre que le juge Nisman a été victime d'une opération d'agents des services de renseignement, restés loyaux au patron du renseignement argentin, Antonio Stiusso, démis de ses fonctions en décembre.

Au passage, elle a également égratigné l'enquête du procureur mort mystérieusement et s'est défendu de toute ingérence. "Non seulement l'accusation de Nisman s'effondre, mais elle constitue un véritable scandale politique et judiciaire", considère la présidente. Mais les opposants, comme de nombreux Argentins, n’ont pas été convaincus. Le hashtag #YoSoyNisman (Je Suis Nisman) a fleuri sur Twitter, où les internautes se déchaînent contre la présidente. Et la colère s’est même étendue à la rue. Lundi soir, des milliers de manifestants ont envahi les rues du pays pour réclamer la vérité dans cette affaire.