Mort de Diana : pour la famille royale, "il y a un avant et un après"

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Le Royaume-Uni commémore jeudi les 20 ans de la mort de la princesse de Galles. Une épreuve dont la famille royale a su tirer les leçons.

INTERVIEW

Le 31 août 2017 marque les 20 ans de la mort de Diana, princesse de Galles, tuée dans un accident de voiture à Paris. Un événement tragique qui a semé la consternation dans le monde entier et ébranlé le régime monarchique. Quel impact sa disparition a-t-elle eu sur la monarchie britannique ? La famille royale a-t-elle réussi à s'en remettre ? Philip Turle, journaliste britannique à RFI, spécialiste de la question, nous éclaire.

  • Comment la mort de Diana a-t-elle impacté la monarchie britannique ?

Il y a eu un avant et un après. Avant la mort de Diana, les membres de la famille royale ne s'exprimaient pas. Les Britanniques la connaissaient sans la connaître. C'est une famille qui restait de marbre et se protégeait. C'est d'ailleurs cela qui a contribué à sa longévité. Mais la mort de Diana a projeté la monarchie dans une nouvelle ère.

La famille royale a compris qu'il fallait qu'elle se modernise et concrétise ce que Diana avait mis en marche. La princesse de Galles voulait nouer un contact avec le peuple. Par exemple, elle est le premier membre de la famille royale à avoir donné une interview à la télévision. Or aujourd'hui, les princes William et Harry le font également. Dernièrement, ils ont évoqué publiquement la mort de leur mère à la télévision britannique. Auparavant, quand la reine Elisabeth II partait en voyage, elle n'emmenait jamais ses enfants. Diana a été la première à voyager avec les siens. Et depuis William et Kate font de même avec George et Charlotte.

Enfin, à l'époque, Diana symbolisait un échec pour la famille royale. Désormais, ses envies s'imposent. William s'est marié avec une femme qu'il aime, à la différence de Charles qui avait épousé Diana par obligation. Lady Di a donné un coup de pied dans la fourmilière malgré elle.

  • Ce changement a été amorcé quelques jours seulement après la mort de Lady Di. En 1997, à la veille de ses obsèques, la Reine s'était exprimée publiquement, promettant de tirer les leçons de la vie et de la mort de Diana…

Elle a été poussée par Tony Blair, le Premier ministre britannique de l'époque, à faire cette intervention. Mais cela a amorcé aussi un changement pour elle. La famille royale connaissait une popularité au plus bas à cette époque. On la critiquait pour sa rigueur, son inhumanité envers Diana. Depuis, Elisabeth II reste très discrète mais, sous l'impulsion de ses petits-fils, elle s'exprime un peu plus. On a ainsi pu la voir aux côtés de Daniel Craig alias James Bond pour un spot diffusé lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de 2012. Dernièrement, elle a encore participé à une vidéo postée sur Twitter pour promouvoir les Invictus games, une compétition sportive [organisée par son petit-fils Harry, ndlr]. C'était impensable auparavant.

  • La famille royale s'est-elle remise de la mort de Lady Di ?

Oui et non. Dans l'ensemble, c'est un événement qui commence à dater. Il est survenu il y a vingt ans, c'est donc relativement vieux et digéré. Mais Diana aura toujours un impact sur la famille royale et notamment sur ses fils. William et Harry ont récemment annoncé qu'ils avaient été traumatisés par les funérailles de leur mère, contraints de marcher pendant une demi-heure derrière son cercueil le tout sous les yeux de la foule et de millions de téléspectateurs. Ils n'avaient que 15 et 12 ans. Par ailleurs, ils ne se sont jamais remis d'avoir prématurément mis fin à un appel de leur mère, le jour même de sa mort. Mais la famille royale s'est relevée en tant que tel. Les deux fils ont construit leur propre vie.

  • Quel rôle jouent-ils aujourd'hui ?

Le prince William remplace de plus en plus la reine dans des engagements officiels, tout comme son père Charles. De cette façon, Elisabeth II, 91 ans, prépare sa succession. Car depuis toujours l'objectif de la famille royale est de transcender les époques, de durer. Si le prince Charles est peu populaire (seul un tiers des Britanniques considèrent qu'il est bénéfique à la monarchie, selon un sondage publié lundi par l'institut You Gov., ndlr), ce n'est pas le cas de son fils aîné William et de sa belle-fille Kate. Ils suscitent une réelle ferveur à chacun de leurs déplacements. Grâce à eux la monarchie est bien plus aimée que dans les années 1990. La reine peut partir tranquille.