Mort annoncée d’al-Baghdadi : pourquoi il faut rester prudent

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L'Observatoire syrien des droits de l'Homme a affirmé mardi détenir des informations confirmant la mort du leader de l’Etat islamique. 

C'est peut-être l'homme le plus recherché au monde. Abou Bakr al-Baghdadi, calife auto-proclamé de "l’Etat islamique", serait mort, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. L’OSDH affirme tenir ses informations de hauts responsables du groupe djihadiste.

"De hauts responsables de l'EI présents dans la province (syrienne) de Deir Ezzor ont confirmé à l'OSDH la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi, émir de l'EI", a déclaré le directeur de l'ONG, Rami Abdel Rahmane. "Nous l'avons appris aujourd'hui mais nous ignorons quand ou comment il est mort". Mais l’information n’en reste pas moins à prendre avec de grosses pincettes.

Peu de détails sur les sources et les conditions de la mort. D’une part, la mort du chef terroriste a déjà été annoncée plusieurs fois. La Russie avait par exemple affirmé le 22 juin avoir, "selon une forte probabilité", tué Abou Bakr al-Baghdadi dans une frappe aérienne fin mai en Syrie, une information qui n'avait été confirmée alors par aucune autre source.  

À chaque fois, l’information est obtenue selon le même modèle : par un général irakien ou une confidence de cadre(s) de Daech. Mais ni le nom des sources, ni le lieu, ni la date, ni les conditions de la mort ne sont précisés. En outre, la coalition occidentale n’a jamais pu infirmer ou confirmer ces informations, malgré les satellites, drones et autres forces spéciales sur place.

Les talibans avaient mis trois ans avant de reconnaître la mort du Mollah Omar. La dernière communication publique de Baghdadi remonte à novembre 2016, date du début de la bataille de Mossoul. Dans un enregistrement audio, il exhortait ses hommes à lutter jusqu'au martyre. C'est aussi à Mossoul, en passe d'être reprise aux djihadistes, que le chef de l'EI avait fait sa seule apparition publique connue, en juillet 2014, à la mosquée al-Nouri. Il aurait quitté la ville en début d'année, probablement pour la frontière irako-syrienne.

Si l’EI voulait annoncer sa mort, il dispose de tous les moyens de communication nécessaires pour le faire. Une hypothèse pourrait toutefois être qu’ils veulent faire croire à sa mort pour le protéger. Mais les djihadistes pourraient, également, tout aussi bien cacher sa mort pour éviter de donner l’impression d’être affaiblis. Les talibans avaient mis trois ans avant de reconnaître officiellement la mort du Mollah Omar. Et Al-Qaïda au Maghreb islamique n’a toujours pas communiqué sur le sort de Mokhtar Belmokhtar, son chef, qui aurait été tué par des frappes françaises en novembre 2016, selon une source américaine.