Mo Gawdat : "Je quitte Google à qui j’ai dédié ma vie" pour travailler au bonheur des autres

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Après avoir passé plus de dix ans chez Google en pensant que développer les technologies apporterait le bonheur, il quitte le géant américain pour se consacrer au bonheur proprement dit.

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Directeur de Google X, le laboratoire où s’élaborent dans le plus grand secret les réponses de Google aux problèmes du futur, il gère "l’innovation de Google". Pourtant, malgré ce job qui semble de rêve, Mo Gawdat l'annonce en exclusivité sur Europe 1, ce dimanche, il quitte Google X et compte désormais se consacrer au grand but de sa vie : réussir à rendre un milliard de terriens heureux. Ni plus ni moins.

Une équation du bonheur. L’objectif semble fou, du moins gigantesque. Mais pas pour cet Égyptien de 50 ans, qui a passé plus de dix ans chez le géant américain de la Silicon Valley. "Je sais que ça a l’air dingue. Ça ne l’est pas du tout dans le monde de l’Internet. Tout ce que j’ai fait chez Google, ça se comptait par milliard : un milliard de clics, de recherches, de dollars." Pour atteindre son but, l'homme a crée la fondation "Un milliard de personnes heureuses".

Il a aussi sorti un livre de développement personnel, La formule du bonheur (Solve for happy) et surtout, il diffuse son équation du bonheur : "Le bonheur est supérieur ou égal à notre perception des événements de notre vie, moins nos attentes concernant la manière dont devrait se dérouler notre vie." En d'autres termes, on se sent heureux quand les événements de notre vie correspondent ou dépassent nos attentes et malheureux quand nos attentes, pas forcément réalisées, plombent notre moral.

Entendu sur Europe 1
Bonheur > ou = notre perception des événements de notre vie - nos attentes

"Beaucoup plus de bonheur en Inde qu'en France". De cette équation, il explique qu'on peut tirer deux définitions : "Le bonheur, c’est ce sentiment de sérénité que vous avez en vous lorsque vous trouvez que la vie vous plaît telle qu’elle est" et a contrario, le malheur est "un mécanisme de survie, une façon pour votre esprit de vous dire que le monde tel qu’il est aujourd’hui, n’est pas à la hauteur de vos attentes."

Selon lui, "une personne sur quatre dans le monde occidental avancé est cliniquement en déprime." Et le scientifique poursuit sa démonstration par l'exemple. "En Inde, quand quelqu’un s’attend à manger un repas par jour et que vous donnez deux repas, alors ils sont très heureux. En Amérique, si le repas n’est pas de la quantité de leur attente, ils se sentent très malheureux. Il y a beaucoup plus de bonheur en Inde qu’en France qui est une société habituée à critiquer et à regarder ce qu’il y a de mauvais dans chaque chose même si votre vie est étonnement bonne", lance-t-il, assez critique.

"Personne n'a aucun problème". Le bonheur serait donc en partie une question d’acceptation et de point de vue. On pourrait par ailleurs trouver dans cette théorie quelques failles, rétorquer qu'il peut sembler injuste de se contenter de peu. "Les Français sont parmi les gens les plus heureux sur Terre", rétorque-t-il. "Le Français moyen est beaucoup plus chanceux que le syrien moyen. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui n’ait pas une partie de sa vie qui soit difficile. Personne n’a aucun problème, mais dans le même temps, avant même de dire que la vie est injuste, peut-être devrions-nous dire que la vie est juste pour nous." Il invite ainsi à ne pas voir que le négatif, mais bien au contraire à valoriser le positif. Des thèses déjà exprimés en philosophie, notamment.

Entendu sur Europe 1
J’ai expérimenté ce qui doit être une des épreuves les plus difficiles de la vie. Mon fils a dû subir une intervention chirurgicale extrêmement simple et il est mort pendant cette opération

"Donner la vie à d'autres". Pourtant, sa vision de la vie et du bonheur a personnellement été mise à rude épreuve. En 2014, Mo Gawdat a perdu son fils. "J’ai expérimenté ce qui doit être une des épreuves les plus difficiles de la vie. Mon fils, qui était aussi mon meilleur ami et mon coach, un pilier de ma vie, a dû subir une intervention chirurgicale extrêmement simple et il est mort pendant cette opération. C’est quelque chose qui aurait pu être évité. Ça vous fait tellement mal de perdre un enfant. C’est indescriptible. Certaines personnes réagiraient en voulant se venger, en voulant prendre la vie de quelqu’un d’autre. Quand Ali est parti, j’ai voulu donner la vie à d’autres. Si on rend un milliard de vies plus heureuses en échange de la perte d’Ali, peut-être que ça semble juste."

"C'est le but de ma vie". Rendre un milliard de personnes heureuses est aussi "un emploi à plein temps". Raison pour laquelle, il l'annonce : "Je quitte Google à qui j’ai dédié ma vie. Rien ne me rend plus heureux que de rendre d’autres personnes plus heureuses. C’est incroyable si je peux partager avec des gens ce que signifie vivre ce pour quoi vous êtes faits. J’ai vécu toute ma vie en pensant que mon but était d’inventer de nouvelles technologies, de diffuser des solutions technologiques à travers le monde en espérant que la vie soit améliorée par la technologie. Mais depuis que j’ai commencé à travailler sur ce projet et que je peux changer la vie des gens, je me réveille chaque matin avec tellement d’énergie, tellement de joie. Pour moi, c’est vraiment accomplir ma vie, le but de ma vie. C’est le meilleur de ce que j’ai vécu. Même si le prix de la perte d’Ali est toujours dans mon cœur, le partage de ce bonheur avec des millions d’autres personnes est extraordinaire."