MH370 : "on sait que c'est un détournement"

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LE POINT DE VUE DE - Xavier Tytelman, expert en sécurité aérienne, fait le point sur la découverte d'un débris provenant du vol MH370, dont la disparition est l'un des plus grands mystères de l'aviation.

INTERVIEW

Le Premier ministre malaisien l'a affirmé mercredi soir : le débris d'avion retrouvé à La Réunion la semaine dernière provient bien du vol MH370, disparu au-dessus de l'océan Indien en mars 2014. Plus prudent, le procureur adjoint de la République du parquet de Paris, a préféré parler de "très fortes présomptions". Cette découverte, qui constitue une "preuve juridique" du crash de l'avion, qui transportait 239 personnes, pourrait permettre de retrouver l'épave de l'avion et, peut-être, de comprendre enfin ce qui s'est passé il y a 17 mois, explique à Europe 1 Xavier Tytelman, ancien aviateur militaire et expert en sécurité aérienne.

Que peut nous apprendre le débris retrouvé à La Réunion ? "Ce débris, on va continuer à l’étudier. On peut déterminer, grâce aux microscopes à balayage électroniques, si ce morceau a subi un choc, quelle était l’intensité de ce choc, éventuellement quel était son angle. Cela nous informera sur les derniers moments de l’avion et sur l’impact avec la mer. On va également faire des recherches chimiques, pour retrouver d'éventuelles traces d'explosifs ou des signes de combustion.

Mais a priori, ce qui pourrait être le plus intéressant, ce sont les coquillages, dont certains ne naissent que dans les eaux très froides du sud de l’océan Indien. Si sur ce débris il y avait des coquillages spécifiques des eaux froides, cela voudrait dire qu’on pourrait réduire la zone de recherches, qui fait actuellement plus de 100.000 km2. Si on pouvait la diviser par deux, on irait deux fois plus vite dans la recherche des boîtes noires et de la réponse définitive."

Que sait-on du scénario du crash du vol MH370 ? "On a la certitude que l'avion a continué à voler au-delà de 8 heures du matin, le moment où il a envoyé le dernier message technique. Ce que l'on sait, c'est qu'il a continué à voler jusqu’à ce qu’il n’ait plus de carburant. On sait que c’est un détournement : il y a beaucoup d’éléments techniques qui nous confirment qu’on était sur une manœuvre volontaire de quelqu’un qui était aux commandes et qui savait ce qu’il était en train de faire. 

Au moment du passage de la frontière aérienne, la personne aux commandes dit au revoir à la zone qu’il est en train de quitter, la Malaisie, et n’entre pas en contact avec la zone suivante. Et dans cette minute, cette personne va déconnecter le transpondeur, le système qui permet d’être détecté par les radars civils. Elle va aussi dans les ordinateurs de bord pour déconnecter un système de communication technique. Même un pilote n’est pas formé pour ça : c’est un boulot de technicien qui fait de la maintenance ! 

Puis, la personne aux commandes, on ne sait pas qui c’est, effectue ce virage vraiment précis, puisqu’il suit la frontière aérienne. Il évolue en faisant des virages pour suivre la frontière aérienne. Si on veut devenir invisible, c’est exactement ça qu’il faut faire, parce que les militaires de part et d’autre de la frontière ne vont pas se sentir agressés. L’avion a continué sa route, il a suivi cette frontière aérienne et il a fait un virage vers le Grand Sud pour aller dans le vide. A priori, cela ne peut rien être d'autre qu'un détournement. Ce n’est pas une dépressurisation qui vous fait faire des virages pour suivre une frontière aérienne. Quand il y a une dépressurisation, l’avion descend, il ne continue pas à faire des virages et à s’éloigner de cette manière-là."

Peut-on désormais espérer retrouver les boîtes noires de l'appareil ? "Si on se souvient du vol Rio-Paris, qui s’est crashé en 2009, on a avait retrouvé des débris dès le début et malgré tout, il avait quand même fallu deux ans avant de récupérer le fuselage de l’avion et les boîtes noires qu’il contenait. Là on est sur une zone plus large, donc cela peut mettre des années et des années. Mais sur un coup de chance, on peut très bien retrouver le fuselage et la boîte noire la semaine prochaine."

Que pourraient nous apprendre ces boîtes noires ? "Sans elles, on ne saura pas qui a pris les commande et de quelle manière. Et encore... Les boîtes noires enregistrent les éléments techniques : on sait si c’est le pilote à droite ou le pilote à gauche qui a manœuvré. Mais on ne saura pas qui était aux commandes, parce que ce qui nous intéresse, c’est le moment du passage à la frontière, qui est tout au début du vol. Or les boîtes noires n’enregistrent que les deux dernières heures de vol. Donc même si on les retrouvait, il faudrait aussi retrouver un corps identifiable dans le cockpit pour savoir qui a détourné l’avion."

Les autorités malaisiennes ont été très critiquées depuis le début. Nous cachent-elles des choses ? "Ils sont très mauvais en communication, ils ont eu beaucoup de difficultés à être clairs, il donnaient des informations qui n’étaient pas consolidées, donc fausses. Par contre tous les scénarios complotistes qu’on peut voir sur internet ne sont pas possibles. L'avion n'a pas pu être abattu par les Américains. Il n'a pas pu non plus être détourné pour se poser sur une île secrète, parce qu’on sait qu’il a continué à voler et à se déplacer jusqu’à 8h11 du matin. Quant au scénario d'un incendie dans la soute... J'imagine mal un incendie prendre les commandes pour faire des virages et déconnecter certains systèmes. On sait que certains systèmes ont été déconnectés et pas d’autres : il s'agit une action volontaire et manuelle. Les Malaisiens n'en savent pas plus que ce qu'ils annoncent, mais il y a eu des problèmes de communication colossaux dès le début."