Médias américains et cubains : entre blues et salsa

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Médias américains et cubains : entre blues et salsa
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REVUE DE PRESSE - Les médias américains et cubains ont réagi différemment à l'annonce du rapprochement historique entre les deux pays. 

On le savait, on l’attendait et on n'a pas été déçu. Les médias américains et cubains ont traité de façon bien différente le rapprochement historique annoncé mardi par les deux pays. Mais entre médias officiels cubains et les indépendants, entre médias américains pro et anti-Obama, l’écart de traitement se retrouve aussi au sein des pays eux-mêmes. 

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Des reportages au cœur de événement. Si tout sépare médias américains et cubains, on  peut néanmoins leur trouver un point commun : des reportages ont été réalisés dans les deux pays  par les médias. Le Granma, l’un des médias officiels de Cuba, est ainsi descendu dans les rues cubaines pour recueillir les impressions des habitants de l’île. "La réaction populaire nationale face aux annonces de la journée d’hier a été d’approuver ce changement et de manifester une joie immense”, peut-on lire. Le Miami Herald est lui allé à la rencontre de la communauté cubaine de la ville, la plus importante des Etats-Unis. Une communauté divisée entre ceux qui saluent le changement et ceux qui estiment qu'Obama les a trahis. 

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Factuel et position officielle. Au-delà des reportages, le traitement médiatique de l’événement est radicalement différent. Alors que les médias américains multiplient les angles et les éditos sur le sujet, les médias cubains s’en tiennent soit aux faits soit aux positions du parti. Les discours du président cubain et du président américain ont, par exemple, été retranscrit de manière intégrale par Granma. Le journal fait, d’ailleurs, sa une sur l’accueil de Raul Castro aux trois prisonniers cubains relâchés par le gouvernement américain. Le style volontairement lyrique fait presque oublier que les Etats-Unis ne sont pas cités une seule fois dans l’article. 

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Un autre journal officiel cubain, Trabajadores, publie lui un article sur la joie des députés à l’annonce du rétablissement des relations diplomatiques américano-cubaines  et de la libération des trois prisonniers. Images à l’appui, on découvre des députés en pleurs en écoutant le discours de Raul Castro. 

Une autre musique. Il y a peu de peu de place à Cuba pour une presse libre et indépendante. Pourtant, la célèbre blogueuse, Yoani Sanchez, a fait entendre une petite musique bien différente sur le premier site d’info indépendant, 14ymedio.com, qu’elle a elle-même créé. “Le castrisme a gagné”, écrit-elle. Et d’expliquer que les Cubains doivent s’attendre à entendre pendant des semaines que le gouvernement a "remporté cette dernière bataille”. 

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Des médias américains… très partagés. Une position que partagent plusieurs médias américains qui condamnent sévèrement l’initiative d’Obama. Le Washington Post écrit, par exemple : “M.Obama peut bien affirmer qu’il a mis fin à 50 ans d’échec politique mais ce qu’il a réellement réussi à faire, c’est de donner un second souffle à ce régime qui traîne derrière lui 50 ans d’échec politique”. Un avis partagé, sans surprise, par la chaîne de télévision Fox News, farouche opposante au président américain. La journaliste Gretchen Carlson affirme ainsi : “Cuba est très loin de devenir un jour une démocratie. Et il faut se demander si ce changement ne va pas inspirer d’autres “Etats voyous” à prendre des Américains en otage. Ils sauront désormais que l’administration américaine est maintenant prête à conclure des accords uniquement faits de concessions. “

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De l’autre côté du Rubicon, le New York Times a salué avec emphase le “courage” du président américain. “M.Obama aurait pu choisir de faire un pas plus modeste et en plusieurs étapes en vue de ce dégel. A la place, il a décidé courageusement d’aller le plus loin qu’il pouvait…”.  Enfin, USA Today adopte une position plus centriste dont l’idée principale pourrait se résumer ainsi : un changement était nécessaire. “Lorsqu’une stratégie -peu importe laquelle” a échoué pendant un demi-siècle, la prochaine étape est évidente : en changer. Essayer quelque chose de nouveau. “Ce mercredi (...), le président Obama a enfin essayé quelque chose d’autre”.