Manifestations en Iran : "On est à un moment-clé"

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Le mouvement de contestation qui sévit depuis plusieurs jours en Iran est différent de celui qui avait agité le pays en 2009, selon Thierry Coville chercheur à l’IRIS et spécialiste de la région.

INTERVIEW

C'est une contestation sans pareil en Iran depuis 2009. Depuis jeudi, le pays est en proie à une vague de protestations contre la vie chère et le pouvoir. Au total, au moins douze personnes ont trouvé la mort dans les troubles, et des dizaines ont été arrêtées. "On est à un moment-clé", analyse sur Europe 1 Thierry Coville, chercheur à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Selon le spécialiste, ces protestations sont néanmoins différentes de celles qui avaient suivies l'élection de Mahmoud Ahmadinejad.

"Un moment très critique pour le pouvoir iranien". "En 2009, trois millions de personnes avaient manifesté en Iran et il y avait eu beaucoup de répression (plus de 150 personnes avaient été tuées et des milliers arrêtées et torturées, ndlr). Les manifestants avaient eux-mêmes décidé d'arrêter car cela ne menait à rien. Ce qui est inquiétant pour le pouvoir, c'est que jusqu'à présent, la majorité de la population se disait 'on n'est pas content, mais on va voter'. Or, actuellement, une partie d'entre eux se dit : 'ça ne marche pas par le vote, passons à la violence'. Pour l'instant, ce ne sont que des centaines de personnes mais avec la répression qui vient d'avoir lieu, on est dans un moment très critique pour le pouvoir iranien", observe Thierry Coville.

Entendu sur Europe 1
Rohani va sans doute jouer le reste de son mandat dans sa capacité à donner ces prochains jours des signaux à la population


Rohani "entre deux feux". Selon le chercheur, deux causes principales ont ainsi poussé les Iraniens à descendre dans la rue : le chômage, d'une part, et le manque de confiance dans les institutions publiques. "Rohani, réélu en mai dernier à la tête du pays, va sans doute jouer le reste de son mandat dans sa capacité à donner ces prochains jours des signaux à la population. Il faut qu'il donne un espoir aux gens, une perspective", continue Thierry Coville, qui prévient : "S'il y a trop de répression, cela peut conduire à ce que son appel au dialogue ne soit pas entendu. Il est vraiment entre deux feux". Lundi, un nouveau rassemblement a eu lieu dans les rues de Téhéran. Un policier a été tué par balle dans des manifestations contre le gouvernement et trois de ses collègues ont été blessés à Najafabad, à 340 km de la capitale iranienne, selon un porte-parole des forces de l'ordre.