Mali : la junte va quitter le pouvoir

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Mali : la junte va quitter le pouvoir
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Un accord a été trouvé avec la Cédéao qui menace d'intervenir dans le nord, aux mains de rebelles.

Difficile pour l'instant de parler d'une sortie de crise. Malgré l'annonce, vendredi soir, du départ prochain de la junte militaire du pouvoir, la situation est loin d'être apaisée au Mali. La Cédéao a menacé d'intervenir militairement pour préserver "l'intégrité territoriale" du pays après la déclaration d'indépendance du territoire de l'"Azawad", au Nord, par un mouvement de la rébellion touareg.

Europe1.fr fait le point sur les derniers événements : 

La junte s'engage à rendre le pouvoir. "Nous sommes parvenus à un accord, accord qui permettra dans les heures et les jours à venir de mettre effectivement en place les organes prévus par la Constitution et qui fonctionneront de manière régulière", a annoncé à la télévision publique ORTM le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolè, au nom de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Chargé de négocier avec les putschistes ayant renversé le 22 mars dernier le président Amadou Toumani Touré, Djibrill Bassolè a confirmé l'"accord-cadre" annoncé un peu plus tôt par le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo.

La levée "immédiate" des sanctions, auparavant décrétées par la Cédéao contre le Mali, a été annoncée samedi à la suite de cet accord. Un peu plus tard dans la journée, le chef de la junte a confirmé que le transfert de pouvoir interviendrait "dans les jours qui viennent".

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a "salué" un accord qui "permet le retour à l'ordre constitutionnel au Mali" et "crée les conditions pour avancer vers la recherche d'une solution politique concernant le Nord". Dès l'installation des autorités civiles, "la France reprendra sa coopération bilatérale civile et militaire" interrompue après le putsch, a-t-il ajouté.

Des élections "dans les 40 jours". L'accord-cadre de cinq pages prévoit l'investiture d'un président intérimaire, en l’occurrence le président de l'Assemblée nationale. Un Premier ministre sera ensuite nommé, qui disposera des pleins pouvoirs, et prendra la tête d'un gouvernement d'union nationale, pour gérer les urgences : préparer des élections, faire face à la crise humanitaires, et trouver une solution pour mettre fin aux rébellions dans le nord du pays.

L'accord stipule que le président intérimaire aura "comme mission d'organiser une élection présidentielle dans le délai constitutionnel de 40 jours".

La Cédéao a également demandé que le président malien Amadou Toumani Touré soit protégé et libre du choix de sa résidence. Quant aux putschistes, ils ont négocié une loi d'amnistie.

La Cédéao menace d'intervenir dans le nord du Mali. L'organisation ouest-africaine a par ailleurs menacé d'intervenir par la force dans le nord du pays, après l'annonce vendredi par des rebelles touaregs de l'indépendance du territoire de l'"Azawad".

C'est le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), principale composante de la rébellion touareg malienne, qui a proclamé dans une déclaration sur son site l'indépendance "irrévocable" de cette vaste région du nord du pays. Une revendication qui date de 1960.

La Cédéao "rappelle à tous les groupes armés du Nord du Mali que le Mali est 'un et indivisible' et qu'elle usera de tous les moyens, y compris le recours à la force, pour assurer l'intégrité territoriale du Mali".

L'organisation envisage depuis le coup d'Etat d'y envoyer une force militaire de 2.000 à 3.000 hommes. Les chefs d'état-major des armées de la Cédéao, réunis jeudi à Abidjan, ont élaboré un "mandat" pour cette force, qui reste à valider par les chefs d'Etat.

Alerte humanitaire dans le nord. L'Azawad est situé au nord du fleuve Niger et comprend les trois régions administratives de Kidal, Tombouctou et Gao. C'est un immense territoire aride. Après le coup d'Etat militaire, ces régions sont tombées aux mains du MNLA, du mouvement islamiste Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) appuyé par des éléments d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et d'autres groupes criminels.

Il semble que les islamistes et des groupes criminels ont très vite pris le dessus sur le MNLA, relativisant la déclaration unilatérale d'indépendance des rebelles touaregs, qui ne semblent pas en mesure de contrôler ce territoire.

Selon Amnesty International, les effets combinés de la sécheresse, des violences et des graves atteintes aux droits de l'homme font que cette région est "au bord du désastre humanitaire".