Mais que vient faire le président iranien Rohani en France ?

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Mais que vient faire le président iranien Rohani en France ?
@ ANDREAS SOLARO / AFP
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Michel Makinsky, chercheur associé à l’institut Prospective & Sécurité en Europe et spécialiste de l’Iran, nous explique l’objectif de la visite de Hassan Rohani.

INTERVIEW

Après un passage lundi par l’Italie, Hassan Rohani est reçu mercredi à Paris pour sa première visite officielle. L’occasion pour le président iranien de soigner ses relations diplomatiques avec l’Europe, un partenaire économique essentiel pour Téhéran. Michel Makinsky, chercheur associé à l’institut Prospective & Sécurité en Europe et spécialiste de l’Iran, nous explique les enjeux de cette mini-tournée européenne.

Le président iranien vient-il dans un but uniquement commercial ?
Non, il y a évidemment une dimension diplomatique. Tout d’abord, on peut espérer que les dossiers yéménites et syriens seront abordés avec les interlocuteurs français du président iranien. L’Iran devrait essayer de ne pas faire du départ de Bachar al-Assad, le président syrien, une condition absolue de l’avancée du dossier.

Deuxièmement, l’Iran a besoin de se créer un pôle d’appui européen pour développer, à la fois, ses partenariats commerciaux, mais aussi ses soutiens diplomatiques. Car, si les sanctions européennes et américaines ont été levées, il n’est pas sûr que le prochain gouvernement américain ne revienne pas sur les termes de l’accord sur le nucléaire. C’est en tout cas ce que souhaitent faire les candidats républicains. Du côté des démocrates, une candidate comme Hillary Clinton a une position plus dure vis-à-vis de l’Iran que ne l’a eu Barack Obama. L’Iran a donc besoin de se constituer une sorte de "fond diplomatique" sur lequel il va pouvoir s’appuyer.

Pourquoi cette visite intervient-elle aussi rapidement après la levée des sanctions ?
Parce qu’il y a une autre échéance, bien plus proche dans le temps que l’élection américaine : les élections, en Iran, de l’Assemblée des experts, le 26 février prochain. Les 80 membres de cette assemblée seront chargés, un jour ou l’autre, de choisir un nouveau Guide de la révolution qui succèdera à Khamenei. Ce choix peut amener des inflexions majeures dans les orientations du régime iranien. Il est donc capital pour le président Rohani de concrétiser la levée des sanctions et de consolider sa position diplomatique avant la date du scrutin.

Doit-on s’attendre à des annonces majeures à l’issue de cette visite ?
Sur le volet commercial, tout le monde croise les doigts. On sait que les Iraniens signent des lettres d’intention très facilement, mais peu sont transformées en véritables contrats. Il faudra donc attendre la signature effective de ces contrats et bien étudier ce qu’ils comportent. Mais il est évident que pour les grands groupes qui sont en négociation avec Téhéran, une visite présidentielle comme celle-ci peut évidemment donner une accélération aux négociations. Sur le volet politique et diplomatique de la visite, on peut aussi penser que le ministre des Affaires étrangères fera des annonces. Difficile de savoir lesquelles, mais dans tous les cas, Laurent Fabius veillera à ne pas faire de polémique.