"Liu Xiaobo a vécu dans la vérité", se souvient son traducteur

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Pour le sinologue Jean-Philippe Béja, la communauté internationale ne s’est pas assez mobilisée pour aider le dissident chinois à sortir de prison.

INTERVIEW

C'est un décès que Pékin voudrait bien faire oublier, alors que se multiplient les critiques après la mort du dissident chinois Liu Xiaobo. Âgé de 61 ans, il est le premier prix Nobel de la paix à mourir en prison depuis 1938 et la période nazie. Pékin avait refusé de le libérer pour qu'il puisse soigner son cancer. Pour le sinologue Jean-Philippe Béja, traducteur français de ses écrits, le reste du monde est resté trop longtemps silencieux face à son sort.

Emprisonné dans l’indifférence. "Ma réaction, c'est une grande tristesse parce qu'il était jeune, et pas en mauvaise santé lorsqu'il est entré en prison", confie-t-il au micro d'Europe 1, sans pour autant cacher sa "colère". "Colère du fait qu'on ait laissé, pendant des années, un prix Nobel en prison sans faire grand-chose, il faut bien le reconnaître", déplore-t-il.

"La voix d'un homme courageux". Ayant participé aux manifestations de la place Tian'anmen en 1989, Liu Xiaobo avait notamment dénoncé le durcissement du régime, les conditions de travail en Chine ou encore la mainmise du régime sur le Tibet. "On parle beaucoup de valeurs, aujourd'hui. S'il y a quelqu'un qui s'est toujours battu pour des valeurs, c'est bien Liu Xiaobo", explique Jean-Philippe Béja. "Il a toujours voulu rester dans son pays alors qu'il avait l'occasion de partir à l'étranger. Liu Xiaobo a décidé de vivre dans la vérité, c'était un homme extrêmement courageux. Mais que pèse la voix d'un homme courageux dans les relations internationales aujourd'hui ?", interroge le sinologue.