Les "vols de la mort" face à la justice
procès argentine vols de la mort © REUTERS

RÉCIT - En Argentine, le procès des crimes de la dictature s’ouvre mercredi. Portrait de victimes.

Les audiences devraient durer un an et demi, voire deux ans. Le procès des crimes de la dictature militaire en Argentine s’ouvre mercredi, avec quelque 800 affaires à examiner, 900 témoins appelés à la barre et 68 prévenus. La répression dans le pays entre 1976 et 1983 a fait 30.000 morts ou disparus et le volet de plus emblématique de ce procès, rendu possible par l’annulation des lois d’amnistie en 2003, concerne les "vols de la mort". Huit pilotes devront notamment répondre de ces vols funestes au cours desquels des centaines de victimes ont été jetées vivantes dans le Rio de la Plata, après avoir été droguées. Portrait de trois victimes emblématiques.

léonie duquet, argentine

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Léonie Duquet. Cette religieuse française, disparue en décembre 1977 à l’âge de 61 ans, faisait partie des Missions étrangères, un ordre basé à Toulouse. Elle avait été envoyée comme missionnaire dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, rappelle La Croix. Pour avoir fréquenté les "Mères de la place de Mai", un mouvement de mères argentines de "disparus", elle a été arrêtée. C’est à l’École de mécanique de la Marine qu’elle a été torturée, comme près de 5.000 autres personnes pendant la dictature. Son corps n’a été identifié qu’en 2005, grâce à des tests ADN.

azucena villaflor, argentine

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Azucena Villaflor. Après avoir vu sa vie basculer en 1976, le jour où son deuxième fils, Nestor, a été enlevé, Azucena Villaflor est celle qui a lancé le mouvement des "Mères de la place de Mai", raconte le journal argentin Clarin. Tous les jeudis à 15 heures, ce groupe de mères de disparus se rassemblait place de Mai, au centre de Buenos Aires. Le 10 décembre 1977, les "Mères de la place de Mai" avaient publié dans les journaux un appel avec le nom des disparus. Arrêtée, Azucena Villaflor disparaît à son tour le jour même. Sa dépouille a été identifiée en 2005 et ses restes déposés depuis sur la place de Mai.

roque orlando montenegro

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Roque Orlando Montenegro. Surnommé "Toti", Roque Orlando Montenegro n’avait que 20 ans lors de sa disparition, en février 1976, rapporte la BBC. Son crime : appartenir, comme sa femme, à l’Armée révolutionnaire du peuple, un groupe d'opposants. La fille du couple, Victoria, n’avait que quelques jours au moment du kidnapping de ses parents et a été confiée à un couple de militaires. Ce n’est qu’en 2000 qu’elle a découvert sa véritable identité. Les restes de son père n’ont pu être formellement identifié qu’en mai dernier. En revanche, le corps de sa mère, Hilda Ramona Toerres, n’a jamais été retrouvé.