Les viols, un fléau place Tahrir

  • A
  • A
Les viols, un fléau place Tahrir
@ REUTERS
Partagez sur :

ZOOM - Près d’une centaine d’agressions sexuelles ont été recensées lors des manifestations.

C’est la face cachée des manifestations de la place Tahrir, susceptible de ternir l’image du mouvement pro-démocratie. En quelques jours, près d’une centaine d’agressions sexuelles ont été commise dans ce lieu emblématique du Caire, où les Égyptiens ont manifesté en masse ces derniers jours contre le président Mohamed Morsi, destitué mercredi. Des agressions ultra-violentes, allant jusqu’au viol.

> L'ESSENTIEL : Les événements de vendredi

Au moins 91 agressions. L’organisation Human Rights Watch (HRW) dénombrait mercredi au moins 91 agressions sur la place Tahrir et ses environs. Pour la seule journée de dimanche 30 juin, jour des plus fortes manifestations, pas moins de 46 agressions ont été recensées. Une journaliste néerlandaise fait partie des victimes.

Opposants à Mohamed Morsi place Tahrir, au Caire

© REUTERS

Frappées avec des "chaînes métalliques". D’après Yara Sultan, du groupe féministe Nazra, "certaines hommes vont à Tahrir avec l’intention de violer des manifestantes". Les femmes agressées décrivent des scénarios souvent similaires : un groupe de jeunes hommes "repère une femme, l’encercle, la sépare de ses amis" puis l’agresse, lui arrachant ses vêtements ou la violant. Parfois, la victime est même traînée au sol et l’agression se poursuit dans un autre endroit. Certaines de ces attaques ont duré près d’une heure. Des femmes ont aussi été "battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises, et attaquées avec des couteaux" et certaines ont dû être hospitalisées.

Une épaisse ceinture de cuir. La journaliste Sophia Jones raconte sur le site The Daily Beast comment, à force de couvrir les manifestations place Tahrir, elle s’est habituée à se faire "pincer les fesses" ou à avoir derrière elle des groupes d’hommes, "aboyant comme des chiens". Elle n’a jamais été agressée lors de manifestations, mais raconte à quel point le harcèlement sexuel est quotidien. Sophia Jones prend aussi ses précautions : "en ce moment, quand je me prépare pour aller couvrir une manifestation, je porte toujours une épaisse ceinture de cuir : il est plus difficile d’arracher un pantalon quand on porte une ceinture".

femmes place Tahrir, 460

Des "gardes du corps" à Tahrir. Face à ces agressions, certains manifestants se sont organisés. Des hommes "gardes du corps" improvisés, volontaires portant des gilets jaunes aisément reconnaissables, se chargent de la protection des femmes dans les cortèges, raconte TV5. Sur leur compte Twitter, les gardes du corps de Tahrir appellent les autres hommes à se porter volontaires et donnent des conseils aux manifestantes.

"Femmes de Tahrir, évitez TOUTES les sorties de métro, Mohamd Mahmoud, Hardee's et Safir".

Pour empêcher les agressions, ils vont jusqu’à former un cercle autour des manifestantes, aux cris de : "la voix d’une femme est la voix de la révolution !".