Les prochains chantiers de l'Espagne

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Les prochains chantiers de l'Espagne
Mariano Rajoy aura fort à faire pour redresser les finances de l'Etat et relancer la croissance@ MAXPPP
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Après les élections législatives, de nombreux défis économiques attendent Mariano Rajoy.

Le conservateur Mariano Rajoy, après la victoire de son parti aux législatives dimanche, n'aura pas le temps de bénéficier d'un état de grâce. Habitué des formules sibyllines, le chef du Parti populaire (PP) va rapidement devoir annoncer des mesures claires pour redresser le pays. Europe1.fr fait le point sur les défis économiques qui attendent le prochain chef du gouvernement espagnol.

Le déficit public. Si l'Espagne a une dette publique pratiquement dans les clous des critères de Maastricht (61% du PIB fin 2010), elle risque cependant d'exploser avec l'accumulation de ses déficits budgétaires chaque année. En 2010, les dépenses de l'Etat ont à nouveau excédé ses recettes pour représenter 9,3% du PIB. L'objectif du pays est de réduire à 3% le déficit en 2013.

La Banque d'Espagne et la Commission européenne ont bien du mal à y croire. En cause notamment, les régions, dont le gouvernement devra mieux contrôler les finances. Les 17 communautés autonomes ont déjà dépassé sur les six premiers mois de l'année le déficit annuel de 1,3% autorisé par l'Etat. Mariano Rajoy a d'ailleurs indiqué dimanche qu'il allait "les convoquer immédiatement".

Le chômage. L'Espagne détient le triste record du taux de chômage le plus élevé parmi les pays développés (21,52%). Les jeunes sont particulièrement touchés : près de 45% des moins de 25 ans n'ont pas d'emploi.

La réforme du marché du travail engagée en 2010 devra être approfondie : "il faut en finir avec la dualité" entre contrats fixes et précaires en créant "un contrat unique", plaide ainsi Xavier Vives, professeur à l'IESE Business School.

Interrogé par le journal Finanzas, Juan Ramon Rallo, professeur d'économie à l'Université Rey Juan Carlos de Madrid, estime aussi nécessaire "d'éradiquer l'influence des syndicats". Plusieurs experts critiquent ainsi la législation sur la négociation collective.

Explosion de la bulle immobilière

La croissance. Celle-ci a été nulle au troisième trimestre et la récession pourrait être de retour début 2012, selon Goldman Sachs et Natixis. Le pays est notamment victime de l'explosion de la bulle immobilière qui avait permis de soutenir artificiellement sa croissance pendant des années.

Depuis 2000, les Espagnols construisaient près de 700.000 logements par an, soit autant que la France, l'Angleterre et l'Allemagne réunies. De nombreux emplois avaient été créés dans la filière immobilière et les gens avaient énormément spéculé sur la valeur de leurs habitations.

Les banques espagnoles. Mariano Rajoy va devoir dans le même temps assainir le secteur bancaire, qui a sur les bras 176 milliards d'euros de crédits douteux et de biens saisis depuis l'éclatement de la bulle immobilière. L'idée d'une "bad bank" regroupant ces mauvais actifs a été évoquée pendant la campagne.

Au total, évalue le journal El Economista, les dettes des banques et du Trésor arrivant à échéance en 2012 représentent 335 milliards d'euros, et pour cela l'Espagne pourrait avoir besoin d'une aide de 100 milliards d'euros. Selon le journal, Mariano Rajoy négocierait déjà avec la chancelière allemande Angela Merkel les conditions d'une aide financière de l'Union européenne à l'Espagne.

"Une des premières décisions que le nouveau gouvernement pourrait être contraint de prendre est de négocier avec le FMI et/ou le (fonds européen) FESF une ligne de crédit, par précaution", estime José Abad, analyste de la banque Unicredit.

Les marchés. Le gouvernement ne dispose pas de beaucoup de temps ni d'une grande marge de manœuvre pour rassurer les marchés. La quatrième économie de la zone euro a vu sa prime de risque - surcoût appliqué à l'Espagne pour emprunter à dix ans par rapport à ce que paie l'Allemagne, la référence dans la zone euro - battre des records, dépassant le seuil symbolique des 500 points de base (soit 5%).

L'Espagne emprunte en effet aujourd'hui sur 10 ans avec des taux d'intérêt proches de 6,5%. La situation est urgente. Au-delà de 7%, le refinancement de la dette devient insoutenable sur le moyen terme pour un Etat.

La fiscalité. Mariano Rajoy a promis dès dimanche soir un "effort solidaire" pour "faire la guerre à la crise", tout en reconnaissant qu'il ne fallait pas s'attendre à un "miracle". Il est donc vraisemblable que de nouvelles mesures de hausse des taxes ou des impôts soient prises. La TVA pourrait être relevée sur certains produits comme l'alcool et la cigarette. Les plus riches pourraient également être mis à contribution.