Les Européens divisés sur l’avenir de Schengen

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Les Européens divisés sur l’avenir de Schengen
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Faut-il rétablir des contrôles aux frontières internes à l’Europe ? Les pays membres débattent.

Les pays membres de l’Union européenne ont ouvert jeudi le débat sur une réforme de l’espace Schengen, qui organise la libre circulation des personnes et des biens sur le continent. Confrontés à la peur d'un afflux de candidats à l'immigration après le printemps arabe, les pays européens veulent en effet rétablir certains contrôles.

La Commission européenne a défini début mai les deux cas justifiant un tel retour des contrôles : en cas de "défaillance" d’un Etat, dont les confins sont les frontières extérieures de l'UE, et en cas de pression migratoire "forte" et "inattendue".

Une Europe à plusieurs vitesses

La décision définitive ne sera prise que fin juin lors du prochain conseil des ministres, mais chaque pays dévoile sa position. Cette première consultation permet de voir émerger plusieurs blocs de pays, avec des positions parfois opposées.

Le Nord veut fermer la porte. Les Pays-Bas, la Finlande, le Danemark et la France souhaitent des contrôles plus stricts aux frontières. Pour simplifier, ce sont surtout les pays du nord de l’UE, une zone géographique qui correspond par ailleurs aux pays dans lesquels l’extrême-droite participe au gouvernement ou connaît un succès grandissant.

Les partisans du juste milieu. L’Allemagne, avec une bonne partie des membres les plus anciens de l’UE, défend une ligne de conduite modérée. Oui au retour de certains contrôles, mais seulement de manière ponctuelle et très encadrée : le ministre allemand de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich a ainsi déclaré ne pas vouloir "d’une Europe forteresse".

Car ces pays ne veulent surtout pas rétablir trop de barrières, attachés à la sacro-sainte liberté de circuler. Et ils craignent qu’une mesure d’affichage politique ne porte préjudice à la fluidité commerciale de l’UE.

Réformer Schengen les indispose

D’accord mais ils traînent des pieds. L’Espagne, l’Italie et la Grèce sont d’accord sur le principe mais n’apprécient guère d’être montrés du doigt. C’est en effet par leurs territoires que transitent une bonne partie des migrants clandestins.

Embarrassée sur la forme, l’Italie est en revanche, sur le fond, très proche de ses partenaires du Nord. Connaissant les mêmes tentations isolationnistes et la même pression de l’extrême-droite, alliée au gouvernement Berlusconi, la péninsule italienne est même demandeuse d’une telle réforme.

Les pays vraiment sur la sellette. Au-delà des pays du "front sud", ce sont surtout les derniers arrivants qui s’inquiètent, notamment la Roumanie et la Bulgarie. Ayant adhéré à l'Union européenne en 2007, ils espèrent rejoindre l’espace Schengen en 2011.

Mais en proie à de sérieux problèmes de corruption et de justice, ces pays sont souvent taxés de laxisme et ne sont pas sûrs de pouvoir adhérer à l’actuel espace Schengen. Quand à un espace Schengen "nouvelle formule", il ne leur offrirait plus beaucoup d’avantages puisque leurs frontières seraient sévèrement contrôlées par leurs voisins européens.