Les Etats-Unis face au spectre irakien

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Les Etats-Unis face au spectre irakien
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Y ALLER OU PAS - Washington n’a aucune envie de retourner en Irak, où la guerre a coûté la vie à plus de 4.400 Américains.

A la demande officielle, formulée par Bagdad, de frappes aériennes américaines pour contrer l’avance des djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), Barack Obama a opposé un refus très ferme. Pas question d’accéder à la demande irakienne, ni de prévoir des missions par drone, et encore moins d’envoyer des troupes sur le terrain, a insisté jeudi soir le président américain. Qui accepte tout de même d’envoyer des conseillers militaires pour former l’armée irakienne.

"Pas de solution militaire en Irak". Le message est clair : "il n’y a pas de solution militaire en Irak, encore moins une conduite par les Etats-Unis" et "les troupes américaines ne se battront plus là-bas", a martelé Barack Obama, pour qui "cette crise devra être réglée par les Irakiens". Pas question en effet pour le président de laisser penser aux Américains que des soldats vont retourner en Irak : l’intervention lancée par George W. Bush en 2003, qui a fait plus de 4.400 morts américains en huit ans et coûté 800 milliards de dollars, a laissé des traces.

Le discours de Barack Obama (en anglais) :



"Les Américains ne veulent pas retourner en Irak", résume l’éditorialiste du Wall Street Journal Peggy Noonan. D’après un sondage Reuters-Ipsos, 55% des Américains sont en effet hostiles à toute intervention américaine en Irak. Ils ne sont que 20% à être d’un avis contraire. Détail non négligeable : cette opinion est partagée par les républicains et les démocrates. Graham Fuller, ex-analyste pour la CIA au Moyen-Orient, assure dans The Atlantic qu’"en aucun cas Washington ne devrait tenter de retourner dans l’enfer de l’Irak". "Les Etats-Unis ont déjà détruit les infrastructures politiques, économiques et sociales de l’Irak", écrit-il, assurant : "une intervention américaine, déjà désastreuse une fois, ne peut que retarder le moment où les Irakiens devront s’occuper les uns des autres".

Fallouja, GI,

© REUTERS


Le "blues" des vétérans. Une intervention américaine serait de toute façon impensable si Barack Obama s’en tient à sa "doctrine", celle du désengagement militaire au Moyen-Orient. C’est lui qui a fait campagne sur la fin de l’intervention américaine en Irak, effective depuis décembre 2011. Ce qui lui vaut des critiques acerbes de la part du camp républicain. L’ancien vice-président Dick Cheney assure ainsi que la "rhétorique" de Barack Obama s’est "fracassée à la réalité" et qu’il a tout simplement "abandonné l’Irak".

Du côté des vétérans de la guerre en Irak, le sentiment est parfois le même, note le Washington Post. Le quotidien voit là un "écho de la période post-Vietnam" et cite un colonel à la retraite, pour qui "toute personne qui était là-bas pendant [la guerre] est revenue pleine d’espoir pour l’avenir de ce pays, si nous avions poursuivi notre engagement". Pour le politologue Peter D. Feaver, le débat dépasse en outre la question de savoir sur Washington pourrait se replonger dans le bourbier irakien : les décisions prises par les Etats-Unis auront aussi une incidence dans les autres dossiers brûlants que sont l'Afghanistan, l'Iran et la Syrie.

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