Les Espagnols en colère

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Les Espagnols en colère
@ REUTERS
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Les fonctionnaires ont manifesté contre la baisse de leur salaire, conséquence de la cure d’austérité.

C’est un premier test social pour le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero qui risque d'être bientôt confronté à une grève générale. Les fonctionnaires protestent contre les mesures d'austérité décidées par le gouvernement pour tenter d'enrayer la dégradation des déficits publics qui se sont envolés à 11,2% du PIB en 2009 et fragilisent l'Espagne sur les marchés. Le gouvernement impose aux fonctionnaires une baisse de salaires moyenne de 5% dès juin et leur gel pour 2011.

Un malaise profond

Syndicats et gouvernement ont livré à la mi-journée des estimations très divergentes, les premiers assurant que la grève était suivie à 75% dans la matinée, contre seulement 10,99% selon la secrétaire d'Etat à la Fonction publique Consuelo Rumi.

Le gouvernement "aurait tort d'entrer dans une guerre de chiffres car le malaise de milliers de travailleurs ne peut se mesurer au suivi d'une grève, il est beaucoup plus profond", a averti Julio Lacuerda, responsable d'UGT, un des deux grands syndicats.

"Zapatero rend l'argent!"

A Madrid, où une grande manifestation était prévue en fin d'après-midi, des milliers de fonctionnaires ont protesté dans la matinée devant certains ministères aux cris de "Zapatero démission!", "Zapatero rend l'argent!", dans un concert de sifflets.

"La crise, que les coupables la payent!", lisait-on sur une pancarte devant le ministère de l'Economie. "J'ai voté pour Zapatero lors des deux dernières élections, à présent je vais y réfléchir, même si je pense que la droite est pire", grognait José, jardinier municipal de 54 ans qui va perdre chaque mois 60 euros.

Licencier plus facilement

Une soixantaine de manifestations était prévue dans toute l'Espagne. Au total, 2,6 millions de fonctionnaires étaient appelés à cesser le travail. José Luis Zapatero, qui entretenait jusqu'ici de bons rapports avec les syndicats, s'est résolu à ces mesures sous la pression des marchés et des grands pays de la zone euro.

Le patron des patrons espagnols Gerardo Diaz Ferran a jugé mardi la grève des fonctionnaires "inopportune", estimant que ces derniers avaient bénéficié de hausses de salaires excessives en 2009. Cette journée pourrait n'être qu'une répétition avant une probable grève générale que CCOO, l'autre grand syndicat, a estimé la semaine dernière "inévitable".

L'exécutif a annoncé qu'il présenterait un projet le 16 juin, faute d'improbable accord préalable entre partenaires sociaux. Il souhaite notamment réduire la forte dualité entre travailleurs stables et précaires, alors que le taux de chômage dépasse 20%, le double de la moyenne de la zone euro. Le gouvernement envisagerait de faciliter le recours au licenciement économique pour les entreprises et de réduire son coût.