Les "diamants du sang" ont-ils vraiment disparu ?

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Les "diamants du sang" ont-ils vraiment disparu ?
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TRAFIC - Cinq ans après la sortie du film Blood diamonds, le commerce du diamant fait face à de nouveaux enjeux.

"Quand je reçois des diamants, je n’ai aucune idée de l’endroit où ils ont été extraits". Dans sa petite boutique du centre de Paris, Vanessa* vend essentiellement des diamants. Des solitaires pour les bagues de fiançailles. Des alliances serties de plusieurs petites pierres. "Quand les pierres arrivent, je sais de quelle taillerie elles sont sortie. Et puis elles sont toutes accompagnées d’un certificat". C’est ce petit bout de papier qui assure à la diamantaire que sa marchandise n’est pas issue d’une zone de guerre.

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Des pierres bloquées à la douane. Depuis 2003, soit deux ans après le début de la guerre civile au Sierra Leone, n’importe quel diamant brut en circulation sur le marché officiel doit être accompagné de ce certificat s’il veut son ticket d’entrée dans l’une des vingt-huit bourses de diamants du monde. Si une pierre n’a pas de certificat elle est bloquée.

"Nous avons eu un cas récemment d’une personne qui a tenté de faire entrer des pierres non certifiées"  raconte, à Europe 1.fr, Avi Paz, président du World Diamond Council, qui représente l’industrie diamantaire. "Les pierres ont été saisies à la douane et cette personne après avoir été exclue de la fédération  mondiale des diamantaires, a aujourd’hui sa photo affichée dans toutes les bourses de diamants du monde" où elle ne peut plus mettre les pieds, ajoute-t-il.

Le processus de Kimberley. L’industrie du diamant, les gouvernements de 81 pays et des associations représentant la société civile sont à l’initiative de système de certification appelé le processus de Kimberley, destiné à empêcher que des "diamants de la guerre" - également appelés "diamants du sang" - trouvent leur chemin dans les circuits du commerce international licite.

Selon le World Diamond Council, 99,5 % des diamants en circulation sur les marchés sont certifiés. Les 0,5% restant proviennent de pays qui n’ont pas été inclus dans le processus. Qui sont-ils ? La République démocratique du Congo, la Centrafrique ou encore la Côte d’Ivoire. Des Etats dont la situation géopolitique ne permet pas de s’assurer que la manne financière générée par le commerce des pierres ne servira pas à financer les conflits.

Un marché parallèle ? A la fin des années quatre-vingt dix et jusqu’au début des années 2000 – avant que le processus de Kimberley soit créé – les diamants de conflits représentaient environ 10% des diamants vendus dans les circuits officiels. "Le Sierra Leone a été l’un des plus gros fournisseurs de diamants de conflit avec le Liberia et l’Angola",  détaille Greg Campbell dans son livre Blood diamonds sorti en 2001 et à l’origine du film éponyme.

Si ces Etats sont aujourd’hui sortis de la guerre civile – l’Angola fait même partie des pays signataires du processus de Kimberley et accueillera en 2015 l’assemblée plénière – d’autres restent dans le viseur des ONG comme Global Witness qui se préoccupe particulièrement de la situation en RDC et au Zimbabwe.

Et le Venezuela est également dans le viseur de l’ONG. Non- signataire du processus de Kimberley, ce pays écoulerait illégalement ses diamants via le Brésil, le Ghana et le Panama.

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Les limites du processus de Kimberley. Les ONG mettent aussi en avant les limites du processus de Kimberley "qui mériterait de renforcer les contrôles". Pourtant "chaque année une commission d’enquête, composée de diamantaires et représentants du pays audité, vont vérifier les conditions dans lesquelles les certificats sont délivrés", se défend le président du World Diamond Council.

Mais l’organisation souligne que plusieurs enquêtes menées par Global Witness et Amnesty International ont montré qu’une majorité de bijoutiers du Royaume-Uni et des États-Unis ne soumettent pas leur chaîne d’approvisionnement en diamants à un audit indépendant. Une indépendance qui limiterait les risques de corruption d’Etat qui auraient envie de délivrer des certificats pour des pierres issues de zones de conflit.

Et les droits de l’Homme ? Autre lacune mise en avant par l’ONG : l’absence de prise en compte des droits de l’Homme dans le processus de Kimberley. Rien n’assure aujourd’hui que les ouvriers qui ont extrait les pierres, travaillent dans des conditions respectables. Les diamants issus des mines du Sierra Leone ou d’Angola sont aujourd’hui légaux puisque ces pays sont signataires du processus de Kimberley, mais rien n’assure des conditions de travail correctes.

* Le prénom a été changé afin de préserver l’anonymat souhaité par la bijoutière.

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